Airelle, chicoutai, amélanche, griotte, camerise… Ce ne sont pas de nouveaux mots français, mais bien de tout nouveaux petits fruits cultivés par les producteurs québécois. Dans les champs, fraises, framboises et autres cousins ont une bien courte durée de vie. La floraison et la récolte des petits fruits s’étendent de mai à septembre, mais ne durent en moyenne que quelques semaines pour un fruit en particulier. Afin de diversifier leurs productions et d’ainsi s’assurer des revenus à différentes périodes de l’année, les agriculteurs, en collaboration avec des chercheurs scientifiques, essaient de cultiver de nouvelles variétés de petits fruits. «Certains produits sont déjà en expertise, d’autres, en développement. On va bientôt en entendre parler et retrouver ces petits fruits dans nos produits transformés», indique Caroline Lemay, chargée de projet chez Agrinova, une entreprise qui se spécialise dans la recherche et l’innovation agricole. Voici deux futurs compétiteurs de la mûre et d’autres baies des champs.

L’amélanche
Fruit de l’amélanchier mieux connu sous le nom de Saskatoon berry, l’amélanche est un petit fruit qui ressemble beaucoup au bleuet quant à son goût, sa couleur et sa forme. Dans l’Ouest canadien, on connaît très bien l’amélanchier et on lui réserve près de 500 hectares pour sa culture sur les territoires saskatchewannais et albertains. Depuis quelques années, cette plante rustique et indigène est cultivée au Québec, majoritairement au Saguenay-Lac-Saint-Jean où elle était destinée à une toute autre fonction. «Au début, ces plants servaient de brise-vent pour les autres cultures. On veut maintenant les exploiter pour leurs fruits», souligne Mme Lemay, rencontrée au Salon de l’agriculture, de l’alimentation et de la consommation, qui se déroulait en fin de semaine et qui était entièrement organisé par des étudiants de l’UL. Malheureusement, l’amélanchier est aux prises avec un insecte, la saperde du pommier. «L’insecte creuse des galeries dans les tiges et le tronc du plant. Les larves se nourrissent de la plante et l’affaiblissent. Les producteurs sont donc obligés de couper les plants et cela représente une perte de production. Aucun pesticide n’existe à ce moment contre cet insecte et on aimerait bien trouver une stratégie autre que l’emploi de produits chimiques pour se débarrasser de l’envahisseur, car ça donne une valeur ajoutée aux produits», ajoute l’agronome.

L’amélanche est récoltée à différents stades de maturation selon l’utilisation que l’on veut en faire. À cause de l’acidité du fruit, une récolte précoce servira à faire des gelées et des confitures. Des fruits plus mûrs entreront plutôt dans la composition de vins et de bières. On peut également les utiliser dans des sauces et des coulis, ou encore pour agrémenter chocolats et muffins.

L’ananas de Sibérie
L’argousier est un arbuste originaire de l’Asie et de l’Europe, qui n’existe pas en Amérique à l’état sauvage. Le Canada importe cette plante de la Russie depuis les années 1930. À l’époque, elle servait, entre autres, à prévenir l’érosion des sols et à abriter certaines espèces sauvages. L’argousier s’associe également, dans le sol, à un microorganisme que l’on appelle actinomycète. Cette symbiose permet la fixation de l’azote et est très profitable pour la fertilité des sols.

L’argousier est dioïque, c’est-à-dire qu’il existe des plants mâles et des plants femelles qui doivent être cultivés à proximité si on veut qu’il y ait production de fruits. La récolte est plutôt difficile, car les branches portent de nombreuses épines. Les baies de l’argousier, ou ananas de Sibérie, sont de couleur jaune et sont légèrement acides. Elles doivent donc être transformées avant d’être consommées. Le fruit est très nutritif et riche en vitamines, et on peut en retirer une huile utilisée en cosmétique pour les soins de la peau. En Chine, il entre dans la composition de crèmes glacées, de breuvages énergisants, de shampooings et de tisanes. «C’est un fruit marginal qui gagne à être connu», assure Mme Lemay.

La famille s’agrandit
Il existe plusieurs autres petits fruits qui sont encore à un stade d’expérimentation; la camerise, par exemple, qui ressemble à la framboise et dont les oiseaux raffolent, de même que la cerise, qui serait une culture très lucrative. Ces fruits ont la particularité de pousser dans les régions nordiques telles que le Québec et vous les verrez certainement très bientôt sur les étalages de votre épicerie.