Le chercheur américain Bruce Logan de l’Université de Pennsylvanie a créé un dispositif innovant dans le traitement des eaux usées. Sa mise en application reste cependant limitée à l’échelle du laboratoire.

Alix-Anne Turcotti

En septembre 2011, Bruce Logan et son équipe ont créé un dispositif capable de produire du courant électrique et de l’hydrogène à partir d’eau salée, d’eau douce et d’eau usée. Ce concept est nommé la «cellule d’électrolyse par électrodialyse inverse microbienne», ou MREC — pour Microbial Reverse-electrodialysis Electrolysis Cell. Cette technique consiste à décomposer les substances chimiques de l’eau à l’aide d’un champ électrique et de deux membranes semi-perméables pour produire de l’hydrogène gazeux.

Le système MREC présente deux inconvénients majeurs: il ne peut être utilisé qu’à proximité d’un littoral — car l’eau de mer doit être continuellement renouvelée; et les particules organiques en suspension de l’eau de mer accumulent des déchets dans le dispositif.

Bruce Logan ne s’est pas laissé impressionner par ces obstacles. C’est ainsi qu’il a décidé remplacer l’eau de mer par du bicarbonate d’ammonium. Avec ce procédé, l’eau n’a plus besoin d’être constamment renouvelée. Par ailleurs, le dispositif MREC peut être placé dans les terres, car grâce au bicarbonate d’ammonium il peut désormais fonctionner sans eau de mer.

Selon l’équipe du chercheur, ce dispositif permettrait de produire de l’électricité, de l’hydrogène et de traiter les eaux usées, le tout sans émettre de gaz à effet de serre. Pour 1 mètre cube d’eau utilisé, le dispositif produit 0,8 à 1,6 mètre cube d’hydrogène gazeux par jour.

Si cette découverte est une avancée en matière scientifique, elle est difficilement réalisable à grande  échelle. C’est ce qu’explique Caetano Doréa, professeur adjoint au cours de traitement des eaux usées au département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. «Il s’agit d’une découverte intéressante en matière scientifique, mais ce concept serait vraiment révolutionnaire s’il était possible de l’adapter concrètement à l’échelle humaine, et c’est tout le défi de cette recherche», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, Monsieur Doréa précise que l’intérêt de l’utilisation de la MREC dépend du contexte. «Au Canada, nous avons beaucoup de ressources en eau et un système hydroélectrique assez développé. Cette technique MREC ne serait pas intéressante d’autant que pour le moment elle encore au stade de laboratoire» a-t-il expliqué.

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