Le glissement de terrain de Saint-Jude a emporté avec lui une maison, un garage, plusieurs petits bâtiments et une portion de la route du rang Salvail Nord. Du haut d’un hélicoptère, il était possible de constater l’ampleur des dégâts : une brèche de près de 200 mètres de large par 200 mètres de long. «Ce type de glissement de terrain, l’étalement latéral, a eu lieu dans une zone recouverte de larges dépôts d’argile à Leda, des sédiments d’origine marine très répandus dans les basses-terres du Saint-Laurent, la rivière Outaouais et la rivière Saguenay», explique la Commission géologique du Canada sur son site Internet. Cette argile a la réputation d’être très sensible et pourrait expliquer le glissement de terrain qui a touché la famille Préfontaine.

Pourtant, la demeure de la famille était située sur une surface relativement plate. En fait, si elle est perturbée, l’argile à Leda peut perdre soudainement sa résistance physique et devenir liquide. Une fois la rupture commencée, la suite peut être très rapide et sans préavis, comme le démontre le cas de Saint-Jude.

La raison de l’instabilité de l’argile à Leda est qu’elle présente une microstructure fondamentale et instable. «Elle se compose de particules d’argile et de silt, fruits de l’érosion, charriées par les glaciers et, ensuite, déposées dans la mer Champlain. En traversant les eaux salées, ces particules ont été attirées les unes vers les autres (phénomène de floculation) et ont formé des ensembles poreux qui se sont accumulés au fond de l’eau. Les sédiments qui en ont résulté présentent une structure plutôt peu compacte, mais solide et apte à retenir un fort contenu en eau», renchérit la Commission géologique du Canada.

Pour la famille Préfontaine, «à la suite du retrait de la mer, le sel qui avait contribué à faire fusionner les particules a graduellement été éliminé dans certaines zones (phénomène de lessivage) par l’eau douce qui s’est infiltrée au travers du sol. La structure originale floculée est maintenue dans la matière lessivée et, lorsque celle-ci est suffisamment perturbée, les sédiments, fragiles mais riches en eau, sont susceptibles de se liquéfier pour devenir une “argile sensible” », conclut la Commission.

La Sécurité civile du Québec

C’est particulièrement après que le sol a été perturbé par l’érosion d’un cours d’eau ou un tremblement de terre que l’argile peut céder et causer un glissement de terrain. Pour prévenir ce type de glissement de terrain, il faut dans un premier temps déterminer les zones à risque.

Une question s’impose : est-ce que la Sécurité civile du Québec détient les outils et les connaissances nécessaires pour assurer la protection des domiciles québécois en ce qui a trait à ce type de glissement de terrain?

François Morneau, coordonnateur scientifique à la Sécurité civile du Québec, explique, lors d’une entrevue avec M. Côté du journal de La Presse, qu’après la tragédie de Jean-Vianney en 1971, au Saguenay, où un glissement de terrain avait causé la mort de 31 personnes, un grand chantier de cartographie a été réalisé et les cartes d’aujourd’hui sont de sept à huit fois plus précises qu’avant. M. Morneau avance qu’avec les cartes d’aujourd’hui, la classification à faible risque de la maison de la famille Préfontaine aurait pu être différente. L’affirmation du coordonnateur gouvernemental à la Sécurité civile du Québec, Michel C. Doré, s’appuie de ce fait sur la carte de la MRC des Maskoutains de l’année 1977. «Le zonage municipal interdit toute nouvelle construction dans les zones à risque élevé, mais non dans les zones à faible risque», avait affirmé le maire de Saint-Jude, Yves de Bellefeuille, au moment des incidents. La demeure de la famille Préfontaine, construite en 1995, était située dans un endroit jugé sécuritaire par les cartes de 1977.

Pour l’instant, les efforts de la Sécurité civile du Québec se concentrent davantage sur le sauvetage. Par la suite, affirmait M. Doré, les cartes de risque seront révisées. La région la plus problématique au Québec, selon l’avis de Michel Maothe, professeur de géologie à l’UQAM, est celle entre Saint-Hyacinthe et le lac Saint-Pierre. La raison étant une forte concentration en sols argileux.

Les gens négligent souvent les glissements de terrain. Pourtant, depuis 150 ans, il y a eu environ 3% ou 4% de mouvements de sols dans les zones à risque. Par  conséquent, une personne désirant s’acheter une maison devrait consulter un professionnel pour savoir si la zone convoitée est jugée à risque. Vaut mieux prévenir que guérir.