L’Organisation des Nations unies estime que d’ici la fin de l’année, les deux cinquièmes de la population mondiale auront accès à internet. La pénétration d’internet progresse partout. Là où la réalité frappe, c’est dans les pays en voie de développement. Les hommes y sont en moyenne 23 % plus nombreux à avoir accès à internet que les femmes. Une situation que cherche à corriger l’organisation ontarienne Women in Global Science and Technology (WISAT). Impact Campus s’est entretenu avec la directrice, Sophia Huyer.

Olivier Roy Martin

Au bout du fil, madame Huyer énonce les raisons pour lesquelles les femmes ont un accès moindre à internet dans les 144 pays étiquetés comme étant en voie de développement. Au sommet de la liste, les responsabilités familiales nombreuses des femmes, ce qui les empêche de se rendre dans les cafés internet pour se renseigner, a expliqué Sophia Huyer.

À cela, s’ajoutent les normes culturelles qui les gardent loin de cette source intarissable d’information. La conséquence est éloquente : la première barrière à l’accès à internet est la connaissance de l’existence de cet outil et des opportunités qu’il offre, d’après un rapport de la firme américaine Intel. Les données du WISAT montrent que la région de l’Afrique subsaharienne affiche une différence de 40 % d’accès entre les deux sexes. C’est l’endroit où le contraste est le plus marqué dans le monde.

Mais d’autres contraintes limitent la pénétration d’internet, sans pour autant frapper un sexe en particulier. Sophia Huyer explique que les monopoles de compagnies de communication dans certains pays (comme le Bangladesh) maintiennent les prix artificiellement hauts. Une situation difficile pour les femmes, qui gagnent en général un salaire moins généreux que les hommes.

Ces politiques de monopoles sont soutenues par les gouvernements et peuvent, par conséquent, être révoquées. C’est le cas par exemple du Nigeria, qui a libéralisé le marché des télécommunications en 2006. Depuis, les prix pour l’accès à internet ont fortement diminué. Autre difficulté : le coût élevé de l’élargissement de la bande passante (augmentation du débit maximal de données via une connexion internet). Une opération peu rentable dans les régions peu peuplées du monde et qui tarde à être accomplie… même au Canada.

Le WISAT agit au sein du groupe international Alliance for affordable internet (A4A1), formé le 7 octobre dernier. Figures imminentes de l’organisation: Omidyar Network, le département pour le développement international de la Grande-Bretagne, USAID et Google représentent les partenaires dits « globaux » du groupe. L’organisation a pour but ultime de libéraliser les marchés des télécommunications dans les pays en voie de développement afin de rendre le prix mensuel de l’accès à internet inférieur à 5 % du salaire des citoyens.

En 2012, les coûts de l’accès à la toile se mesuraient à 22 % du salaire moyen dans 160 pays, comparé à 115 % en 2008, d’après l’ONU.

La directrice de l’organisation WISAT pour l’avancement de la condition de la femme, Sophia Huyer, souligne qu’Internet peut servir aux femmes qui cherchent à obtenir des renseignements en matière de santé, surtout pendant la grossesse. Elle rappelle que le domaine du triple W facilite le démarrage d’une entreprise en permettant de faire du marketing.

Aussi, poursuit-elle, l’information gouvernementale, peu importe le palier, se transmet beaucoup plus facilement par Internet. Mme Huyer rappelle à quel point le Web représente un acquis dans la recherche d’informations au quotidien pour la majorité des Nord-Américains, mais pas pour les Nigériens ou les Somaliens, entre autres.

Pour l’instant, le WISAT travaille en partenariat avec le Nigeria et le Kenya. L’organisation tente de développer une collaboration avec le gouvernement somalien. L’objectif du groupe : collaborer avec 12 pays d’ici 2015 pour un accès plus égalitaire à Internet.