Laura Lukyniuk

Le Einstein de service

Anne Lafay, étudiante au Doctorat Médecine expérimentale

Les phrases «j’ai toujours été nul en maths » ou « je ne suis pas matheux» sont le premier indice que vous souf­frez peut-être de dyscalculie développementale. Une étu­diante de l’Université Laval tente de comprendre les ori­gines cognitives qui peuvent expliquer ce trouble spécifique en mathématiques.

Étudiante «frettement» arrivée de France en jan­vier, j’entame mon doctorat en médecine expérimentale au laboratoire Parole, Lan­gage, Cognition du Centre de Recherche de l’Institut Universitaire en Santé Men­tale de Québec (CRIUSMQ), sous la codirection de Joël Macoir et Marie-Catherine Saint-Pierre.

J’ai eu la chance de le lancer dans ce projet tout à fait no­vateur relatif à la dyscalculie, un trouble du développement des habiletés mathématiques (calcul et raisonnement). Cette pathologie toucherait entre 3 et 7 % des personnes selon des études effectuées notamment aux États-Unis et en Allemagne, soit autant que la dyslexie. La dyscalculie interfère fortement avec les activités de la vie quotidienne impliquant des compétences numériques. De plus, elle est un handicap majeur pour la réussite scolaire, l’intégration sociale et professionnelle, et l’autonomie. Les enjeux sont donc primordiaux: com­prendre l’origine des troubles dyscalculiques permettra de repérer les enfants qui en souffrent afin de leur apporter une aide plus adaptée et plus appropriée.

La dyscalculie, contraire­ment à la dyslexie, n’a fait l’objet que de peu d’études. Cependant, depuis une di­zaine d’années, quelques chercheurs se sont davan­tage penchés sur la ques­tion des troubles spécifiques en mathématiques.

Une première hypothèse est que la dyscalculie vien­drait d’un trouble général impliquant des difficultés de mémoire. Selon une deuxième hypothèse, il s’agirait d’une difficulté à manipuler les nombres écrits en code arabe.

Mais l’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’un trouble numérique spécifique. Tout d’abord, il faut savoir que le bébé possède déjà ce qu’on appelle un sens du nombre ; il est capable d’appréhender les quantités. C’est à ce niveau, bien avant l’apprentissage à l’école du comptage, des opé­rations, des tables de mul­tiplication, des problèmes… qu’une difficulté apparaîtrait !

Cette aptitude du sens du nombre, quasiment innée, dépend d’une région précise du cerveau: le sulcus intrapa­riétal dans le cortex pariétal, situé en arrière du cerveau. Ainsi, les enfants dyscal­culiques auraient moins de matières grise et blanche (respectivement moins de corps cellulaires neuronaux et moins de fibres neuronales) à cet endroit précis dédié aux nombres.

En effet, les enfants dys­calculiques ont des diffi­cultés à repérer les toutes petites quantités, à comparer des ensembles de points ou d’objets, ou encore à placer des nombres sur une ligne numérique…

Rien n’est inéluctable bien entendu ! Le cerveau de­meure plastique. Avec un entraînement fort et une aide appropriée, chacun peut s’améliorer !