Comment voyez-vous votre avenir ? Et celle de vos semblables ? Ce sont les deux questions qu’a destinées un jeune chercheur de l’Université Laval à une quinzaine de Québécois âgés de 20 à 25 ans provenant de tous les horizons.

Comme bien des étudiants qui s’apprêtent à débuter une maîtrise, Pierre-Élie Hupé, alors âgé de 25 ans, ne savait pas tout à fait où il s’en allait dans la vie. Non pas que le futur étudiant à la maîtrise en sociologie n’entretenait aucune ambition. Il n’avait juste pas une vision claire et définie de son avenir, et encore moins d’échéanciers à respecter. « En fait, je me cherchais surtout un sujet de recherche ! », se souvient-il, trois ans plus tard, à l’occasion d’une communication au 83e Congrès de l’Acfas, tenu à Rimouski cette semaine.

Pierre-Élie Hupé Crédit Maxime Bilodeau

Pierre-Élie Hupé – Crédit photo Maxime Bilodeau

En partageant ses états d’âme avec certains de ses semblables, il se rend alors compte qu’il n’est pas le seul à avoir ce sentiment. Bien au contraire. « Plusieurs me confiaient ne pas avoir, par exemple, d’objectifs précis de carrière, ni même savoir où ils seront dans cinq ou dix ans », raconte-t-il. Éventuellement, à force d’en parler, le déclic se produit et l’étudiant-chercheur sait qu’il tient son sujet de maîtrise.

Passé, présent, futur

Pierre-Élie entreprend alors une ambitieuse revue de littérature – « j’ai dû avaler au moins 10 000 pages », estime-t-il. Une fois son cadre méthodologique établi, il recrute quinze homme et femmes âgés de 20 à 25 ans ayant tous des niveaux de scolarité et des profils différents. Il s’assoit alors avec chacun des participants afin de les interroger sur leur manière d’envisager et d’organiser le passé, le présent et le futur. Certaines entrevues durent 30 minutes, d’autres, 2 heures 45 minutes.

Une fois les réponses de ses sujets décortiquées, l’étudiant-chercheur constate certaines tendances. « J’ai constaté que les réflexions étaient très peu basées sur l’histoire et qu’elle n’allait guère au-delà d’un horizon par ailleurs immuable de dix ans. Ce qui était répandu, surtout au niveau collectif, c’est une réflexion à l’échelle d’une vie. Autrement dit, les jeunes sont soit indifférent ou tout simplement incapable de se projeter aussi loin et refuse simplement de le faire », explique-t-il.

À l’échelle individuelle, les réflexions des jeunes s’articulent beaucoup autour de modèles immédiats dans leur entourage. Cousin, parents et grands-parents deviennent alors des référents directs auxquels ils s’identifient lorsqu’il est question du mariage, de la carrière ou de la retraite. « Le problème avec cette façon de se projeter dans l’avenir, c’est qu’elle exclue l’évolution normale du monde et des institutions », analyse Pierre-Élie.

Jeux ouverts

Ce qui, toutefois, surprend le plus le jeune chercheur, c’est l’optimisme vis-à-vis de l’avenir qui anime son panel. « Malgré que plusieurs n’avaient pas de plans de vie très définis, la majorité considère que les jeux sont ouverts. Qu’ils soient médecins en devenir ou sans secondaire 5, ils ont une posture d’ouverture, de conquête », constate-t-il.

Pourquoi une telle attitude ? « Plus j’y pense, plus je suis forcé de constater que les jeunes que j’ai interrogés ne peuvent qu’être optimistes. Ils n’ont pas d’avoirs, pas d’obligations et ont une vie devant eux ! », s’exclame Pierre-Élie. Il admet toutefois que la conclusion aurait pu être très différente dans un autre pays, comme l’Espagne ou la Grèce où les horizons sont plus sombres qu’au Québec.

Le chercheur, qui devrait conclure la rédaction de son mémoire d’ici les prochains moins, estime que les résultats de son étude pourraient servir, par exemple, aux ailes jeunesse des partis politiques afin d’améliorer leurs méthodes de recrutement.