Le futur des jeux vidéo est à même de se dessiner. Intelligence artificielle et nouvelles technologies sont au service des développeurs, qui tentent de rendre l’expérience de jeu plus réaliste et immersive.

En clôture de l’événement Décoder le monde, présenté la semaine dernière au Musée de la civilisation de Québec, un panel de cinq experts a échangé sur les préoccupations, défis et enjeux entourant les plus récentes avancées dans le domaine.

C’est sous l’optique de la science que les cinq invités, issus de différents domaines rattachés aux jeux vidéo, ont analysé l’avenir du milieu du divertissement électronique. Un volet trop souvent évité en raison de sa complexité.

Les panélistes ont traité du réalisme du jeu, de l’immersion des joueurs, de la place de l’intelligence artificielle dans la conception et de l’analyse des joueurs par les créateurs.

Toujours plus près de la réalité

Pousser le graphisme à un niveau toujours plus élevé est une préoccupation chez les développeurs de jeux vidéo. La raison est simple : on souhaite que les joueurs croient aux éléments graphiques de l’univers. Pour ce faire, certains créateurs vont jusqu’à numériser des roches pour qu’elles aient l’air plus réelles dans le jeu alors que d’autres utiliseront des capteurs pour recréer plus fidèlement les mouvements humains.

Aux dires du professeur adjoint au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal, Carl Therrien, bien que certains se procurent certains jeux pour leur qualité graphique, il n’est pas toujours agréable de pousser le réalisme au maximum.

« La barrière, c’est celle du plaisir. Trop de réalisme, ce n’est pas plaisant et ça vaut pour l’aspect audiovisuel. Si tu as à gérer ce qu’un soldat a à gérer, ce n’est pas toujours le fun. On est dans un média de divertissement. On est déjà très près d’une vérisimilitude », explique-t-il.

Vivre le jeu

Un des aspects les plus recherchés par les créateurs de jeux est l’immersion complète du joueur, soit cette capacité de ne faire qu’un avec le scénario qui nous est présenté.

« Ce n’est pas une théorie propre aux jeux vidéo. La théorie de l’engagement maximal, c’est l’idée qu’il y a des activités pour des gens qui peuvent se situer dans une zone qu’on appelle le flou, entre l’ennui et l’anxiété. C’est l’idée de comment vous interagissez, vous vous engagez », poursuit le professeur adjoint.

À son avis, il n’est donc pas nécessaire que l’univers présenté soit réaliste. Certaines personnes peuvent être engagées en jouant à Candy Crush ou encore à Minecraft, deux mondes aux allures très ludiques. Donc, qu’est-ce qui définit cet engagement? L’implication de l’aspect sensoriel.

Seul petit hic : entre 20 et 25% des individus ne sont pas en mesure de supporter la réalité virtuelle pendant plus de quelques minutes. Pour l’instant, celle-ci n’est pas rendue assez performante pour être utilisée par tous, ce qui fait qu’on note une déconnexion chez plusieurs d’entre eux.

Voir plus grand

Selon le directeur artistique en animation chez Ubisoft Québec, Guillaume Boucher, l’intelligence artificielle (IA) est un des endroits où l’on doit investir dans les prochaines années. Bien souvent négligée depuis des années par les producteurs, l’expérience offerte par l’IA est très pauvre.

Selon le panel d’experts, des projets sont déjà sur la table en Amérique du Nord. On parle notamment d’une IA qui ressemblerait à Samantha dans le film Her de Spike Jonze.

Est-ce que cela mènera à la conception de jeux vidéo? Personne n’en est toutefois certain, car les coûts en recherche et développement sont énormes.

Sur mesure

Le futur des jeux vidéo se joue dans l’analyse du comportement des joueurs selon Sébastien Tremblay, professeur titulaire à l’École de psychologie, directeur du Laboratoire Co-DOT et responsable du projet Fun II à l’Université Laval .

Les multiples données recueillies pourraient être utilisées par les concepteurs pour adapter, en direct, le jeu. Il serait possible par exemple, d’ajouter des zombies ou encore de donner des bonus à certains moments critiques.

En plus de Sébastien Tremblay, Carl Therrien et Guillaume Boucher, le programmeur sénior en intelligence artificielle chez Beenox, Olivier Belletête, ainsi que le chargé de cours à l’École de design de l’Université Laval, Vincent Mauger, ont pris part à la table ronde La science du jeu vidéo.

En collaboration avec Raza Shah