Que ce soit au niveau local ou au niveau international, l’environnement ne cesse de faire les manchettes. Impact Campus a rencontré Kristin Bartenstein, profes­seure au département de Droit de l’Université Laval, pour en savoir plus sur le concept de «justice environnementale».

Alexandre Paré

La justice environnementale se compose en fait de deux entités complémentaires : un mouvement social, apparu dans les années 80, et l’équité envi­ronnementale, décrite par Mme Bartenstein comme «le côté plus conceptuel».

Le mouvement social

Ce dernier est né aux États- Unis suite à une série d’études sur la pollution de quelques quartiers californiens. Les chercheurs ont réalisé que les populations avec un caractère ethnique plus marqué étaient victimes d’un environnement plus pollué que les autres, suf­fisamment pour que certains parlent de racisme environne­mental. Ces découvertes ont créé suffisamment d’émoi pour que les autorités considèrent sérieusement l’adoption de nou­velles politiques concernant les effets néfastes de la pollution.

Le concept

En lien étroit avec la justice environnementale, l’équité en­vironnementale vise à rendre justes les charges environ­nementales pour la popula­tion. Mme Bartenstein nous explique : «Je regarde l’équité environnementale à travers la lorgnette du droit international public. […] L’idée d’équité envi­ronnementale au niveau inter­national concerne les rapports entre les États. Elle est née avec l’idée du droit international de l’environnement, au début des années 70, quelques années avant qu’apparaisse la justice environnementale. Ce principe a une influence sur les règles en matière d’environnement.»

La question internationale

Comme les écosystèmes ne reconnaissent pas le concept d’État, la communauté interna­tionale se penche régulièrement sur ces enjeux. «Dans les an­nées 70, les États qui ont beau­coup contribué à la dégradation de l’environnement étaient des États industrialisés, riches, et qui avaient les moyens de s’of­frir la protection de leur envi­ronnement. D’un autre côté, on avait beaucoup d’États qui venaient tout juste de naître […] avec beaucoup d’autres pré­occupations plus vitales. Ils considéraient que ce n’était pas leur responsabilité historique, même s’ils étaient interpellés par les questions [environne­mentales]», nous explique la professeure de l’UL.

Les négociations inter-éta­tiques font face à de nombreuses résistances. Ce ne sont pas tous les pays qui ont les moyens né­cessaires pour assurer la pré­servation des écosystèmes. «Il faut trouver une façon qui assu­rerait à la fois la protection de l’environnement et le dévelop­pement économique», déclare Mme Bartenstein en faisant référence aux pays en voie de développement. «On a tous une responsabilité dans la pérennité de notre environnement, mais il faut la nuancer dans la mise en oeuvre de la protection de cette dernière.» En d’autres termes, il est nécessaire de trouver un juste milieu entre la protection des écosystèmes et les activités industrielles vitales pour l’éco­nomie du pays.

L’avenir

Questionnée sur le proto­cole de Kyoto, qui viendra à terme à la fin de cette année, la professeur de droit explique : «La raison pour laquelle on n’arrive pas à accoucher d’un protocole successeur à celui de Kyoto, c’est la question de l’équité environnementale inter-éta­tique.» Certains États avaient été désignés pour être à l’avant-garde en matière de préservation de la faune et la flore. Le problème est que ces derniers ont été désignés en 1992. Depuis, la santé finan­cière de plusieurs pays non-désignés s’est beaucoup amé­liorée. Par exemple, la Chine et l’Inde ont connu une crois­sance extraordinaire dans les dernières décennies. «Ces pays émergents profitent du fait qu’ils n’aient pas à se soumettre aux actuels traités alors qu’ils auraient peut-être maintenant la capacité de faire plus en la matière.»

Crédit photo Une : Courtoisie, Université Laval