Dans cette étude, 271 personnes âgées de plus de 70 ans et souffrant d’un trouble léger de cognition (perte de mémoire légère, entre autres) ont reçu des doses concentrées de vitamine B, afin de vérifier l’effet de la vitamine sur la progression de l’atrophie de leur cerveau. Une moitié des patients a ingéré quotidiennement un combiné de 0,8 milligramme d’acide folique (vitamine B9), 0,5 milligramme de vitamine B12 et 20 milligrammes de vitamine B6. L’autre groupe recevait plutôt des placebos. 168 d’entre eux se sont soumis à un scan crânien par imagerie par résonance magnétique au début et à la fin des 24 mois de traitement.

L’étude rapporte que la progression annuelle moyenne d’atrophie cérébrale était moindre chez les patients traités au combiné vitaminique que chez les patients ayant reçu des placebos. En effet, le cerveau des premiers s’est atrophié en moyenne de 0,76% tandis que chez les seconds, cette moyenne atteignait plutôt 1,08%.

Des effets par ricochet
L’étude menée par le docteur David Smith de l’Université d’Oxford rappelle que l’atrophie du cerveau est provoquée par une forte concentration de l’acide aminé homocystéine dans le plasma (le fluide par lequel circulent les nutriments qui atteignent l’ensemble des parties du corps et qui montent vers le cerveau).  La concentration de cet acide aminé est souvent synonyme d’une carence en acide folique, en cobalamine (vitamine B12) ou en pyridoxine (vitamine B6) et cette concentration, combinée aux carences en vitamine B, est une cause du développement des maladies neurodégénératives.

On sait déjà qu’on peut réduire la concentration d’homocystéine par la prise d’une quantité donnée de vitamine B. La présente étude visait donc à calculer dans quelles proportions. Et puisque l’atrophie du cerveau s’observe chez les personnes qui souffrent d’un trouble léger de cognition et qu’elle se fait de manière accélérée chez les patients atteints d’Alzheimer, les chercheurs ont tenté de tisser un lien en faisant ricocher les effets les uns sur les autres.

Le professeur en neuroscience à l’Université Laval, Frédéric Calon, estime que l’imagerie par résonance magnétique utilisée par les chercheurs pour mesurer le volume du cerveau est une méthode «acceptée» et donc crédible pour ce genre d’étude.
Frédéric Calon déplore cependant l’absence d’une information cruciale. «Il était mentionné que la recherche visait à tester les changements dans la cognition», souligne-t-il. Des informations sur l’effet final de la vitamine B sur les capacités cognitives des patients étaient effectivement annoncées dans les objectifs de l’étude. Or, les chercheurs estiment ne pas avoir récolté la «puissance statistique» nécessaire pour lier une diminution de l’atrophie cérébrale à la prévention du développement de l’Alzheimer. «Peut-être que leurs résultats ne prouvaient pas de lien. On imagine qu’ils attendent une autre recherche pour les annoncer», estime-t-il.

On découvre cependant avec assurance que le taux d’homocystéine a diminué de 22,5% chez les patients ayant consommé la dose prescrite de vitamine B  et qu’il a plutôt augmenté de 7,7% chez ceux à qui on a administré des placebos.

Au sujet des biais possibles, des tests sanguins ont révélé que 17 des 83 patients ayant reçu des placebos avaient quand même consommé des suppléments d’acide folique ou de vitamine B12 dans leur alimentation, au cours de l’étude. L’âge a par ailleurs été considéré comme aggravant l’atrophie du cerveau et les résultats ont été ajustés en conséquence, mentionne-t-on. M. Calon ajoute que les patients peuvent aussi avoir des «réserves cognitives» différentes (par exemple, une plus ou moins bonne mémoire).

Par ailleurs, les chercheurs estiment à 78% le nombre de patient ayant ingéré au moins 75% de leur médication.  Les patients devaient s’administrer eux-mêmes le combiné vitaminique.