Le professeur Manuel J. Rodriguez et ses collègues de la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval ont voulu vérifier sigarder les robinets d’une maison fermés pendant plusieurs heures affecte la qualité de l’eau. Le chlore réagit avec les composés organiques contenus naturellement dans l’eau. « En détruisant les pathogènes, le chlore produit toutefois de très petites quantités de sous-produits comme les trihalomanes ou les acides haloacétiques », explique le professeur.

Lorsque l’eau stagne durant la nuit par exemple, ces sous-produits se concentrent, réduisant ainsi la qualité de l’eau, ajoute-t-il.« L’eau qui vient d’être traitée au chlore par les municipalités peut prendre quelques heures avant d’être bue, laissant peu de temps aux sous-produits de se former », tempère le professeur Rodriguez. Son équipe et lui recommandent toutefois
aux gens de laisser le robinet ouvert pendant au moins trois minutes.

En analysant le réseau domestique de six maisons, l’équipe de M. Rodriguez a découvert que l’eau stagnante contient de 1,4 à
1,8 fois plus de trihalométhanes que l’eau courante du réseau municipal. Les trihalométanes, desquelles fait partie le chloroforme, sont les sous-produits les plus fréquemment observés. La limite recommandée par Santé Canada de 0,1 gramme par litre est donc dépassée. Une concentration plus élevée en acides haloacétiques était aussi observable
dans certains cas.

L’expérience s’est étalée sur un an afin de prendre en compte les variables saisonnières. « Il fallait considérer que le chlore
réagit moins à basse température », explique M. Rodriguez. Son équipe prélevait les échantillons le matin avant que
les gens se réveillent et le soir avant que ceux-ci reviennent du travail.

Risques accrus dans la douche
Les chauffe-eau ont aussi retenu l’attention des chercheurs. « Comme le chlore réagit plus facilement lorsque la température est élevée, faire chauffer l’eau accélère la formation de sous-produits », explique le professeur Rodriguez. Son équipe a en effet observé que la concentration en trihalométhanes était de 1,9 à 2,7 fois plus élevée dans l’eau chaude. Les acides haloacétiques étaient aussi présents en plus grande quantité.

Les sous-produits de la chloration sont dans ce cas absorbés par voies respiratoires et par les pores de la peau.

« Plus l’eau est chaude, plus il y aura de vapeur et plus fortes seront les chances d’inhaler des trihalométanes ou des
acides haloacétiques », explique le chercheur. Les chercheurs proposent donc d’éviter les douches trop chaudes, d’en réduire la durée et de s’assurer que la salle de bain est bien ventilée.

Modèles animaux
Des études sur des sujets humains ont par ailleurs révélé que l’exposition prolongée aux sous-produits de la chloration
pouvait accroître les risques de développer un cancer, affirme Santé Canada. Des modèles animaux exposés à des concentrations élevées de trihalométhanes ont aussi manifesté une plus grande sensibilité au cancer.

Somme toute, les études sont unanimes sur le fait qu’il est plus risqué de consommer une eau non traitée contre les pathogènes.