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Edward Snowden révélait à l’été 2013 l’existence d’une organisation internationale de surveillance électronique. Aujourd’hui réfugié en Russie, il risquerait la prison aux États-Unis s’il y revenait. Didier Bigo, professeur au King’s College à Londres et à la Sciences Po à Paris, donnait une conférence sur le sujet à l’Université Laval, mercredi dernier.

Alric Pappathomas

Selon le conférencier, l’ampleur de la surveillance informatique effectuée par les gouvernements a pris un tournant majeur suite à deux événements de la dernière décennie : l’explosion des télécommunications et l’attentat du World Trade Center. Peu après le 11 septembre 2001, une nouvelle ligne de pensée s’imposa au gouvernement des États-Unis : il vaut mieux mettre 9 innocents sous surveillance afin de prévenir l’action d’un criminel, que de laisser 10 personnes complètement libres.

L’expansion faramineuse des télécommunications permettait au début des années 2000 le développement de nouvelles techniques de surveillance à grande échelle. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un gouvernement était en mesure d’extraire et d’emmagasiner les métadonnées des communications globales.

Les métadonnées sont des informations sur les données elles-mêmes, comme la date et le lieu d’un appel. Recueillies massivement, elles permettent de former un profil très détaillé d’un très grand nombre d’individus en se basant sur ce qu’une personne envoie, reçoit ou regarde sur internet, a expliqué M. Bigo lors de sa conférence.

Deux principaux programmes de surveillance ont été mis sur pieds par la NSA : UPSTREAM et PRISM. UPSTREAM consiste à surveiller les câbles reliés aux centres de serveurs sur sol américain afin d’avoir accès à l’information y passant. PRISM est un programme basé sur la coopération – volontaire ou non – de compagnies américaines comme Google ou Apple. Le conférencier avançait dans son allocution que la NSA pousse ces dernières à leur transmettre le plus d’informations possible, en les menaçant de poursuites judiciaires si elles n’obtempèrent pas.

Toutefois, le web étant global, il est impossible pour un seul gouvernement de surveiller l’ensemble des informations. C’est après avoir atteint cette limite technique qu’est née une coopération majeure entre 5 pays pionniers dans le développement de l’internet. Ce groupe secret d’agences de renseignement gouvernementales s’appelle les « Five Eyes » et comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Éventuellement, même cette collaboration ne suffisait pas, et certains pays, comme l’Allemagne et la Suède, ont été ajoutés au programme.

Très rapidement, cette véritable guilde de la surveillance électronique internationale est devenue hors de portée des hommes politiques nationaux. En jouissant d’une autonomie sans pareil, la liberté et le droit à la vie privée des citoyens d’une majorité de pays sont ici brimés. C’est cette situation qui pose problème et qui poussait Edward Snowden à dévoiler les rouages cachés des opérations de la NSA et de ses acolytes.

L’efficacité de cette organisation est discutable, selon Didier Bigo. Ce genre de surveillance électronique planétaire demande un budget important et de constantes ressources autant humaines que matérielles. La NSA se défend en affirmant qu’il est possible de prédire un comportement humain suite à l’analyse de réseaux de communications.

L’Agence Nationale de Sécurité ajoute que l’étude de ce type de données permet de combattre la clandestinité de réseaux terroristes et ainsi de prévenir une possible attaque aux États-Unis. Afin d’appuyer ces affirmations, 14 tentatives d’attaque démantelées ont été citées par l’Agence. Pourtant, le FBI a plus tard admis que dans 13 des cas, la NSA n’a fait que confirmer ce qui était déjà su.

Plusieurs pays comme le Brésil comptent développer un réseau interne permettant à leurs citoyens de communiquer et d’accéder à Internet sans passer par des serveurs extérieurs afin de garantir qu’ils ne seront pas espionnés par des entités étrangères. Ce genre de réaction encouragera malheureusement la décentralisation du web.

Le web d’aujourd’hui, libre et sans frontières, risque de devenir chose du passé si les États, afin de protéger la sécurité de leurs communications, imposent des réseaux internes. On assistera alors à une fracturation du web. Cette fracturation brimerait la nature internationale de l’Internet, où les gouvernements n’ont pas entièrement contrôle sur les serveurs.


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