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Une équipe de chercheurs français a découvert que des protéines contenues dans le venin d’un serpent, le mamba noir, ont la capacité de supprimer la douleur.

Laurence Bombardier-Cauffopé

Le mamba noir est un serpent venimeux africain. Il doit son nom à la teinte noire tapissant l’intérieur de sa bouche. Sa morsure inocule en général de 100 à 120 mg de venin. Cependant, il ne suffit que de 10 à 15 mg pour tuer un humain adulte en moins de vingt minutes.

En effet, ce venin létal contient un mélange de toxines incluant deux protéines dites mambalgines. Celles-ci bloquent les signaux de douleur chez les souris étudiées. L’équipe d’Éric Lingueglia de l’Institut de la Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (France) a démontré que ces protéines mambalgines, découvertes au cours de recherches de produits de substitution aux opiacés (morphine), ont moins d’effets secondaires que ces derniers. Effectivement, beaucoup de patients développent une tolérance aux opiacés, ce qui nécessite l’augmentation des doses administrées avec le temps. De plus, ils peuvent souffrir de nausées, de constipation et développer une dépendance.

L’équipe française a démontré que les souris ayant reçu du venin pouvaient tolérer le contact de l’eau chaude sur sa queue perçu normalement comme une douleur. Ils ont aussi observé qu’elle pouvait nager environ deux fois plus de temps que les animaux non traités avec un injection de protéines mambalgines. Enfin, ils ont démontré que l’injection des ces protéines mambalgines diminuaient l’hypersensibilité à la douleur post-inflammatoire.

Cependant, une dépendance se développe avec l’utilisation de mambalgines comme pour les opiacés, après cinq jours seulement. Ce phénomène semble toutefois moins prononcé lors de l’injection des protéines du reptile. En outre, ces dernières ont l’avantage de ne pas affecter la respiration, contrairement à la morphine qui a pour effet de ralentir la respiration, ce qui peut représenter de sérieux dangers.

Les protéines mambalgines n’agissent pas sur les récepteurs opioïdes comme le fait la morphine. Elles créent plutôt des liaisons (ponts ioniques) et inhibent les molécules dans les canaux ASICs (Acid-sensing ion channels) qui induisent les signaux de douleur. Les ponts ioniques forment alors des pores dans les membranes des neurones et peuvent alors pénétrer dans les cellules et faire effet. On sait que les mambalgines sont impliquées dans la transmission de la douleur, mais leur rôle précis demeure encore inconnu.

On sait tout de même, grâce aux travaux d’Éric Lingueglia, que le site d’injection a une influence sur le mode d’action des protéines mambalgines. En effet, ils ont découvert que lorsqu’elles sont injectées dans le système nerveux central les substituts des ASICs inhibés sont différents de ceux retrouvés dans les pattes. Le venin du mamba noir offre donc de nombreuses potentialités pour le développement futur d’antidouleurs.

Ils ne reste plus qu’à vérifier que l’efficacité sur le modèle de la souris peut aussi s’appliquer à l’homme. In Vitro, les tests pré-cliniques suggèrent que les protéines mambalgines bloquent quelques ASICs, ce qui est très prometteur.