L’environnement des territoires nordiques du Québec est en constante transformation en raison du phénomène de réchauffement climatique. Pour comprendre ce changement, le professeur au département de géologie et de génie géologique et membre-chercheur du Centre d’études nordiques (CEN) de l’Université Laval, Richard Fortier, fait appel à plusieurs outils numériques.

Le réchauffement climatique anticipé aura des effets destructeurs sur le pergélisol d’ici quelques années. Déjà, les impacts de cette rapide dégradation sont visibles à l’œil nu. La végétation reprend sa place et des animaux tels que les orignaux commencent à apparaître dans le décor nordique.

On observe des affaissements différentiels du sol de 1,5 m après seulement une dizaine d’années. Des remblais routiers et des bâtiments municipaux sont aussi affectés par des problèmes structuraux reliés à cette dégradation. « Au Québec, on se plaint de nids-de-poule. Là-bas, on parlerait plutôt de nids de ptérodactyle », lance-t-il à la blague.

Plus sérieusement, il poursuit en expliquant que cette réalité menace la pérennité des villages et la sécurité des populations.

Comprendre le phénomène

Bien des éléments ont changé depuis les débuts en recherche de Richard Fortier, en 1985, y compris les méthodes de collecte de données. Afin d’assurer un suivi précis, les chercheurs de l’Université Laval ont adopté le numérique.

Ces outils permettent de caractériser, d’analyser et de comprendre les transformations qui affectent les territoires nordiques. Il est maintenant possible de reproduire une modélisation tridimensionnelle d’un milieu. Cette méthode sert notamment à simuler les processus physiques ainsi qu’à expliquer la dégradation du pergélisol.

De cette façon, on souhaite mieux outiller les Inuits qui ne sont visiblement pas sensibilisés à cette réalité qui, pourtant, a des répercussions importantes sur leur vie quotidienne.

« On peut éviter des situations semblables », assure-t-il. « C’est certain qu’il ne faut pas arriver là-bas avec nos grosses bottes de chercheurs. Il faut les écouter et surtout les respecter », de renchérir le chercheur.

Adaptation nécessaire

Richard Fortier se fait toutefois rassurant quant à l’avenir des Inuits. Il maintient qu’ils sont un peuple résiliant et qu’il croit en leur capacité de mutation. « Les Inuits ont vécu déjà beaucoup de changements. Je suis certain qu’ils vont arriver à s’adapter comme l’environnement qui les entoure l’a fait. Ils sont de fins observateurs, ils sont conscients que tout autour d’eux change », dit-il.

Alors que plusieurs parlent de cycle, le professeur titulaire en géologie affirme que si la tendance s’accentue, la prochaine période glaciaire n’aura pas lieu. « Il n’y a jamais eu autant de CO2, même si on se compare à des dizaines de milliers d’années. Si on continue à fonctionner comme ça, il n’y aura pas de période glaciaire, puisque le réchauffement planétaire sera trop important », explique-t-il.

Il s’agit donc d’une réalité à laquelle les populations nordiques devront s’ajuster.