Pour la première fois, des scientifiques ont fabriqué des poumons humains à partir de cellules souches. Il s’agit d’un grand pas pour la médecine régénératrice. Malheureusement, c’est une avancée dont les patients ne pourront pas bénéficier avant de nombreuses années.

Jonathan Baronet

Pour mener leur expérience, des chercheurs de Galveston au Texas se sont servis des poumons de deux enfants qui sont décédés lors d’un accident de voiture — des poumons qui étaient trop endommagés pour être utilisés pour le don d’organes mais qui possédaient encore une certaine quantité de tissu sain.

Ces chercheurs en ont extrait presque toutes les cellules afin qu’il ne reste au final que l’« échafaudage » de collagène et d’élastine.

Ils ont ensuite revêtu cet « échafaudage » de cellules pulmonaires extraites à partir d’une deuxième paire de poumons qui n’était pas candidate à la transplantation.

La structure a été immergée par la suite dans une grande chambre remplie d’un liquide qui a permis de ravitailler d’éléments nutritifs les cellules afin qu’elles se développent.

Après environ quatre semaines, un poumon humain a émergé de la conception.

Ces poumons créés en laboratoire ressemblent beaucoup à de vrais poumons. Par contre, ils sont plus doux et moins denses.

Il faudra toutefois attendre plusieurs années avant de voir arriver la possibilité de transplanter ce genre de poumons sur des humains.

« Il y a deux ans, il y a un exemple qui avait beaucoup frappé l’imagination des gens : on avait décellularisé complètement le cœur d’une souris, on l’avait recellularisé avec des cellules souches, puis on avait réussi à le réimplanter dans une souris, et le cœur battait encore » commente le Dr François A. Auger, directeur du laboratoire d’organogénèse expérimentale (LOEX).

Il explique que l’un des problèmes que pose cette technologie est le souci de la taille du tissu. Lorsque l’on décellularise un tissu, il faut nécessairement que le tissu soit de la bonne taille pour le receveur. On ne peut pas prendre des poumons de bébé pour traiter un adulte comme on ne peut pas prendre des poumons d’adulte pour traiter un bébé.

Le Dr Auger ajoute que, lorsque l’on décellularise, on doit absolument tout enlever. S’il reste quoi que ce soit dans le tissu que l’on a essayé de nettoyer de tous ses débris cellulaires et de ses cellules, il y aura une réaction inflammatoire très importante.

Il faut donc faire attention de ne pas transmettre une infection d’une personne à une autre ou d’un animal à un être humain.

Il mentionne qu’il faudra se soucier de la répétabilité des résultats. On devra donc voir si à chaque fois le patient respirera à nouveau et aura un échange pulmonaire d’oxygène acceptable.

Son dernier souci est la question du contrôle de qualité. Une telle expérience requiert un contrôle de qualité très serré qui n’est pas facile à établir. Les organismes de contrôle de ces expériences tels que Santé Canada et le FDA aux États-Unis exigent énormément de précautions.

« Je pense que c’est une expérience excitante, mais je suis loin d’être sûr que c’est une voie d’avenir. Il y a beaucoup d’obstacles. Les obstacles, ça n’a jamais empêché les gens de travailler, mais certains d’entre eux sont extrêmement complexes et élevés », a révélé le docteur Auger.

« C’est un exercice scientifique intéressant et excitant. Mais la translation de passer de l’expérimentation à la clinique, à mon avis, va être plus que difficile. Les chances ne sont pas nulles mais sont très faibles », précise-t-il.