Le point sur la recherche

Dans le cadre du mois de la nutrition, Impact Campus s’intéresse aux comportements alimentaires. Entendons par là, les habitudes et choix alimentaires mais aussi la relation complexe que l’on entretient avec la nourriture. Entrevue avec Simone Lemieux, professeure à l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels de l’Université Laval

Alexandra Guellil

Impact Campus: À partir de quel moment un comportement alimentaire peut mener à l’obésité?

Simone Lemieux: Je ne pense pas qu’on puisse établir un moment précis. Il s’agit d’établir un équilibre énergétique: on a besoin d’énergie pour vivre ne serait-ce que pour garder notre température corporelle. Plus on est actif physiquement, plus nos besoins sont importants. Ce qui est problématique, c’est lorsque la quantité de calories que l’on mange est supérieure à celle que l’on dépense. Si je mange 2500 calories et que mes besoins sont de 2000 calories, j’aurai 500 calories qui seront mises en réserves. Et, à l’inverse, c’est dans les réserves que l’on puise lorsque notre corps demande plus d’énergie que ce qu’on lui procure. À force d’accumuler des calories en trop, c’est à ce moment là que l’on prend du poids. On mange trop à partir du moment où nos apports dépassent nos besoins. C’est, je crois, la seule réponse puisque les besoins ne sont pas les mêmes d’une personne à une autre. Cela dépend de l’âge, du sexe, de la taille, du poids, le niveau d’activité physique et autres facteurs comme le stress ou le sommeil.

IC: Quand notre corps nous réclame à manger, doit-on toujours lui répondre favorablement?

SL: La nature est bien faite dans la majorité des cas. Ressentir la faim, c’est un signal de survie même si en 2012 au Québec, ce n’est peut-être pas la question. On peut imaginer que ce signal indique que le corps est en train de puiser dans les réserves pour répondre aux besoins. C’est plutôt une bonne nouvelle, cela signifie que le corps réagit. On devrait répondre à ces signaux. Bien que parfois ils soient embrouillés, pour des raisons génétiques. On voit aussi beaucoup de personnes qui font toutes sortes de diètes et qui ignorent ces signaux en se privant. Du coup, ils en viennent à trouver insupportable la sensation de faim. Leur rapport à la nourriture est basé sur une restriction cognitive et est moins naturel que quelqu’un qui est bien dans son corps.

IC: Comment définissez vous cette relation naturelle avec la nourriture?

SL: C’est simplement, respecter ses gouts et préférences, être capable de reconnaître ses besoins, ne pas se mettre d’interdit pour créer des tentations. Il faut s’autoriser à manger ce dont on a envie au moment où l’on a envie.  Si on écoute 
vraiment ses besoins, on se rend rapidement compte qu’on a parfois davantage le goût 
et le besoin de manger un fruit plutôt qu’une poutine! Cette relation naturelle avec la nourriture est un peu brisée quand on se met à la diète, on se met des barrières 
pour perdre du poids. Tout comme la prise de compléments alimentaires. Avant d’en arriver là, il est important évaluer si les besoins sont vraiment réels pour notre équilibre. Même s’il s’agit de produits naturels, cela ne veut pas dire qu’ils sont inoffensifs. Une assiette équilibrée est composée de quantités suffisantes de toutes sortes d’aliments: viandes et substituts, produits céréaliers, légumes et fruits, produits laitiers 
et substituts.

Crédit photo : Claudy Rivard