Photo : Courtoisie Claudy Rivard

La conférence «Santé version 3.0 : entre éthique et génétique» de la Chaire publique de l’AELIES a été l’occasion de faire le tour des considérations scientifiques et éthiques de la médecine personnalisée.

Anne-Laure Nivet

Le Dr Pavel Hamet commence par des constats. Les médicaments utilisés actuellement n’ont pas le même effet chez tous les patients, que ce soit en termes d’efficacité ou d’effets secondaires. Pourquoi ? Cette variation est due à la fois à l’ADN hérité de nos parents et à l’environnement, c’est-à-dire tout ce qui peut agir sur l’utilisation de nos gènes.

Les médicaments prescrits qui n’ont pas l’effet escompté chez un patient pourraient être économisés, si l’on savait à l’avance, grâce à un test prédictif, qu’ils ne fonctionnent pas chez tel patient. De plus, si on pouvait dire que telle personne est prédisposée de manière fiable à développer telle maladie, on pourrait «investir tôt pour retarder l’apparition de la maladie et prolonger la vie autonome». C’est entre autres pour cela que l’on peut estimer qu’il y a «un gaspillage au niveau des systèmes de santé», ce qui est frappant quand on sait que «la santé représente environ la moitié du budget du Canada».

Selon le Dr Hamet, la médecine personnalisée pourrait potentiellement pallier ces problématiques. Des tests sont développés actuellement. Le premier test au point de médecine personnalisée est apparu en 2004 et permet d’identifier si la tumeur d’un patient possède ou non le gène ER2. Ainsi, cela permet de savoir s’il faut utiliser ou non le médicament qui vise ce gène.

Questions d’éthique

L’éthique s’immisce un peu plus dans la réflexion lors de l’intervention du Pr Mélanie Bourassa-Forcier. Imaginez que vous avez fait un test qui s’avère positif et que vous devez renouveler votre police d’assurance. Le secret médical vous protège d’une part, mais d’autre part vous avez l’obligation de révéler tous les renseignements pertinents à l’évaluation des risques à votre assureur, ce qui peut annuler votre police ou faire varier votre prime. L’une des questions posées est la suivante : «Est-ce qu’une prédisposition est révélatrice de l’état de santé présent ?» ou encore «Est-ce qu’un médecin doit révéler à son patient une prédisposition à une maladie sachant que le traitement n’existe pas ?».

Finalement, le concept même de médecine personnalisée en tant que «révolution» est remis en cause par le Dr Hubert Doucet. Ce concept n’est pas nouveau. Au XIIIe siècle, c’était le rêve de l’anglais Roger Bacon d’assurer la certitude par la méthode scientifique. Aussi, depuis toujours, les médecins personnalisent leur traitement. L’étape supplémentaire est d’aller étudier l’ADN du patient. Le Dr Doucet tempère cette vision en affirmant que les médecins sont tenus de «prendre soin» des patients dans leur ensemble et qu’ils ne doivent pas soigner «seulement un organe» ou «une somme de données scientifiques». Il met également en avant «l’importance des consultations publiques pour les problématiques éthiques».

Les propos de Rabelais résument bien cette pensée : «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».