Une épidémie de rougeole touchait le Québec en 2011 alors qu’on croyait cette maladie rayée de la carte des Amériques depuis 2002. Plusieurs ont affirmé que cette réapparition pourrait être directement liée au mouvement antivaccination ayant pris de l’ampleur grâce à Internet notamment. Une étudiante au doctorat en anthropologie a décidé de se pencher sur ce sujet épineux qu’est le lien entre Internet et la vaccination.

Nommé « Internet et l’habitus informationnel: le cas de la vaccination au Québec », le projet de thèse de Maryline Vivion se résume assez simplement : comment Internet est-il intégré dans la recherche d’informations liée à la vaccination ?

En effet, Mme Vivion, employée dans le domaine de la santé publique, a décidé de se pencher sur un phénomène qui est apparu ces dernières années : « On a un nouveau phénomène qui est l’hésitation à la vaccination. Avant, on voyait des gens qui y étaient soit favorables, soit défavorables. Maintenant, il y a des gens qui sont favorables, d’autres qui sont défavorables, mais beaucoup de gens qui hésitent. Il y a beaucoup d’auteurs qui disent que c’est à cause d’Internet. Moi, je voudrais étudier comment les parents utilisent Internet dans leur prise de décision dans le cas de la vaccination des nourrissons. »

Comme l’indique Mme Vivion, la recherche sur le Web est partie inhérente de notre recherche d’informations. On ne peut plus vraiment s’en passer. « On a intégré Internet dans nos vies, de la même manière qu’on a intégré la radio, qu’on a intégré la télé. […] Je crois qu’on a créé un nouvel habitus. Dès qu’on a une question, on va sur Google. »

Une question de sources

Or, dans le cas de la vaccination, le problème se situe dans les sources d’où sont tirées les renseignements. Ainsi, plusieurs parents iront sur des forums chercher de l’information, plutôt que de se fier à des médecins ou aux autorités en santé publique. « Le savoir expert est remis en cause. Sur les forums, ce qui se passerait, c’est que les mères s’en remettraient à leurs pairs. Elles vont porter plus de crédibilité à l’expérience d’une autre mère qui va dire : “J’ai fait vacciné, mon enfant fait de la fièvre.” », démontre Mme Vivion.

Néanmoins, si plusieurs se tournent vers les forums pour trouver des renseignements, il faut comprendre que les utilisateurs des forums ne conçoivent pas celui-ci dans un but informatif, mais dans un but d’échange, contrairement à un blogue ou un site web statique. Comme le montre Mme Vivion : «Les gens qui écrivent sur un forum, ils ont parfois l’impression d’être dans un cercle fermé. Ils n’envisagent pas une seconde que ce qu’ils disent pourrait être utilisé dans une recherche. »

Un comportement différent

Dans le cas des vaccins, plusieurs spécialistes de la santé publique émettent la thèse que les patients informés au sujet des vaccins n’auraient aucune réticence à se faire vacciner. Or, comme l’explique Mme Vivion, quelque chose a changé. « On est entré dans une société de consommation. On est arrivé dans un empowerment de type consumériste : il faut faire des choix. Donc là, la santé, on la magasine. À partir de là, du coup, il faut faire des recherches. »

Le problème n’est cependant pas le fait de se questionner, mais plutôt la manière de le faire. « Questionner la vaccination c’est légitime. C’est un acte médical. Par contre, dans le cas des extrêmes, ça peut être moins sain, quand on tombe dans la théorie du complot par exemple. »

Un moyen de remédier à ce problème tout récent? « Je pense qu’une des avenues serait la façon dont on donne l’information. Donner une information nuancée, il y a une clé ici », propose Mme Vivion.