Le canoë «Voltage», que l’équipe lavalloise tentera de qualifier (c’est le canot ou l’équipe qu’ils veulent faire qualifier ?) lors de la Compétition nationale canadienne du canoë de béton (CNCCB), le 20 mai prochain à Québec, ne pèse que 55 kg. Pas mal pour une embarcation longue de six mètres. «On a sous la main un des canoës les plus légers qu’il est possible de fabriquer», déclare Alex Frenette-Tremblay, membre de l’équipe de conception. L’équipe a utilisé un béton composé de granulats légers projetés à l'aide d'un compresseur sur un moule en polystyrène.

Sa masse volumique n’est que de 880 kg/m3 à sec, exactement le minimum toléré par les normes de la CNCCB. Le responsable des finances pour le projet, Jean-Sébastien Fortin, affirme que «les équipes qui utiliseront un béton d’une masse volumique avoisinant les 1000 kg/m3 devront ajouter des éléments de flottaison. La masse volumique de l’eau est exactement de 1000 kg/m3 après tout».

Un mélange perfectionné

Pour concevoir un béton capable de frôler les limites de masse volumique, les futurs ingénieurs lavallois ont passé des semaines à tester différents mélanges sur la balance. «On a fait environ 82 essais avec lesquels on a joué sur le pourcentage de ciment et le genre de granulat recyclé», déclare Alex Frenette-Tremblay. L’équipe a finalement décidé d’utiliser un béton fait à 47 % de microbilles de verre ultralégères. Une partie de ces microbilles proviennent de la multinationale américaine 3M qui les utilise pour le marquage des routes la nuit. Un autre granulat recyclé a été utilisé : du verre concassé fait avec des vitres de fenêtres.

Pour lier le tout, l’équipe lavalloise utilise un ciment blanc Portland afin d’avoir un résultat plus esthétique. Au moment de la visite d'Impact Campus dans l’atelier, l’équipe venait tout juste de terminer de dégrossir la surface avec du papier verré ou «sablé». «C’est un processus long et pénible. Lorsqu'on a commencé, la couche de béton avait 21 millimètres. Maintenant, elle a une épaisseur d’environ six millimètres», explique Alex Frenette-Tremblay.

Pour que le mélange soit plus homogène, deux adjuvants ont également été ajoutés. L'un rend le mélange plus uni en augmentant la fluidité du ciment sans toutefois réduire sa résistance. L’autre retarde sa solidification, ce qui laisse «plus de temps pour qu’on puisse modeler le béton sur le moule», poursuit Alex Frenette-Tremblay.

L’équipe a aussi ajouté de la fumée de silice et des cendres volantes au liant pour une meilleure résistance à l’étirement. Ces produits très volatils sont utilisés couramment pour assurer une constance aux propriétés mécaniques des bétons. Des fibres d'alcool polyvinylique (PVA) ont aussi été ajoutées pour cette même raison, soit de permettre aux rameurs d’utiliser plusieurs fois l’embarcation sans qu’elle se casse. «Bien qu’il soit fait en béton, ce canoë demeure quand même fragile», explique Jean-Sébastien Fortin.

Bientôt à l’eau

Le canoë de l’équipe de l’Université Laval pourra bientôt être mis à l’eau. Il ne reste qu’à Christina Bélanger, responsable de l’esthétique, à le décorer avec des teintures conçues spécialement pour le béton. Elle compte peindre des barrages hydroélectriques sur la surface de la coque et à l’intérieur de l’embarcation afin de représenter le nom «Voltage» qui a été choisi pour le projet. Une couche de scellant sera ensuite appliquée pour que la finition dure plus longtemps.

L’équipe qui sera chargée de ramer pour l’Université Laval s’entraîne avec des canoës sur la piscine olympique du PEPS depuis septembre. Le cours d’eau sur lequel aura lieu la CNCCB n’a pas encore été sélectionné, mais une chose est certaine, «Voltage» et ses pagayeurs seront fins prêts pour le 20 mai.

Il est également prévu que le canoë hyper léger de l’équipe lavalloise participe à la compétition nord-américaine dont la finale se déroulera dans l’état américain de l’Indiana du 16 au 18 juin. «Avec 45 000 dollars, notre budget est moins grand que l’an dernier. Mais avec tous les efforts qu’on a mis, on vise une place dans le top cinq», indique le responsable des finances Jean-Sébastien Fortin.

Crédit photo : Claudy Rivard