Chaque année, La Ville de Québec débourse 60 millions de dollars de son budget d’entretien afin de déneiger les rues de la Capitale. Le déglaçage par le sel fait partie intégrante des opérations de déneigement. Ce processus entraine de graves conséquences environnementales. Pourtant, des alternatives existent. Grenoble, ville située dans les Alpes françaises, teste présentement un sel écologique de l’entreprise SelVert. Regards croisés entre la France et le Québec.

Alice Chiche

Un sel de déglacement sans impact sur l’environnement ? C’est le pari que se sont lancés deux ingénieurs français avec leur produit, DéneigeVert, créé avec la molécule d’acétate de calcium. C’est en faisant des recherches que Guy Baret et Jean-Louis Brault ont obtenu un acide. Suite à des lectures dans la littérature scientifique, ils sont tombés sur l’utilisation des sels de calcium dans le déneigement. « Nous, on a revu la molécule et on a enlevé le magnésium, car on n’a pas des basses températures en Europe » explique Jean-Louis Brault.

L’initiative de SelVert est présentement expérimentée en France dans la ville de Grenoble. Cet élan peut être mis en corrélation avec l’élection du maire Éric Piolle sous la couleur politique Europe Écologie – les Verts, mais aussi avec la présence d’une nappe phréatique importante sous la ville. Les résultats obtenus avec l’utilisation de ce sel ne seront pas donnés avant le 31 mars. Toutefois, l’un des fondateurs de SelVert, Jean-Louis Brault, ne cache pas son enthousiasme. Si les tests sont concluants, de nombreuses villes françaises pourraient suivre le mouvement vert.

Le déglacement au Québec

Actuellement, le sel de déneigement qui est utilisé de manière plutôt universelle est à base de chlorure de sodium, comme ici au Québec. Pour Jean-Philippe Robitaille, biologiste pour le Ministère des Transports, ce composé chimique est pourtant incontournable, car « très efficace dans les températures qu’on connaît ici au Québec ». Des recherches ont été faites pour voir si d’autres produits pourraient remplacer le chlorure de sodium, mais peu passent le stade de test à cause de l’efficacité, « des coûts et de la disponibilité ».

Au Québec, pourtant, ce n’est pas dans la composition même du sel que les efforts sont à mettre, mais bien dans une « meilleure gestion des sels de voierie » selon Jean-Philippe Robitaille. « Il y a de nouveaux équipements, de nouvelles techniques d’épandage, même l’entreposage que l’on peut améliorer. »

Jean-Philippe Robitaille a fait son mémoire de fin de maîtrise sur «  Les sels de voirie au Québec : proposition d’une démarche de gestion environnementale spécifique aux zones vulnérables ». Pour lui, il est indéniable que le chlorure de sodium est mauvais pour l’environnement : «  de 1995 à 2000, il y a eu de nombreuses études qui ont été réalisées pour le compte d’Environnement Canada. Ils ont publié en 2001 un rapport de toxicité des sels de déglaçage puis ils sont conclu effectivement que les sels de déglaçage étaient toxique selon l’article 64 de la loi canadienne sur la protection de l’environnement ». Si l’utilisation du chlorure de sodium est néfaste pour l’environnement, les alternatives coutent toutefois très cher.

Un projet onéreux

Un des bémols du projet de SelVert est le prix. Jean-Louis Brault ne cache pas le prix onéreux du produit DéneigeVert. Pour un kilogramme de sel à base de chlorure de sodium, il faut compter environ 164 dollars, tandis que celui avec l’acétate de calcium c’est environ 480 dollars. Cet écart de prix important peut décourager l’utilisation de cette alternative écologique.

Si l’entreprise SelVert peut étendre son marché à différentes villes françaises si les résultats des essais à Grenoble sont concluants, le marché de l’Amérique du Nord pourrait aussi être intéressant. Jean-Louis Brault souligne : « Où que ce soit en Amérique du Nord, je pense que l’acétate de calcium pourrait être efficient dans la mesure où on conserve à l’intérieur un magnésium. Là on pourrait assurer un moins 24 degrés Celsius.»

 

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Pas que le sel l’hiver

L’hiver, ce n’est pas seulement le sel qui est utilisé sur les chaussées. Le sel va faire fondre la neige, mais il n’est efficace que jusqu’à – 20°

Les abrasifs peuvent se trouver sous la forme de sable ou de petites pierres. Les abrasifs « vont augmenter le taux de friction sur la chaussée », explique Jean-Philippe Robitaille.

C’est la petite pierre qui est plus utilisée, car elle est plus facilement récupérable.