Photo : Courtoisie, Denis Leclerc

Le Dr Denis Leclerc, professeur titulaire au Département de microbiologie-infectiologie et immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, développe présentement par ingénierie protéique une stratégie novatrice de vaccination basée sur l’utilisation de nanoparticules ayant l’apparence d’un virus.

Catherine Gilbert




Impact Campus : Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre stratégie novatrice de vaccination?

Denis Leclerc : La technologie que l’on développe est une plateforme pouvant être adaptée au développement de vaccins contre n’importe quel type de maladies infectieuses. Cette plateforme est faite d’une nanoparticule possédant une activité d’adjuvant. Cet adjuvant est capable de stimuler la réponse immunitaire innée via la stimulation des TLR (récepteurs de type Toll). Ces derniers interviennent au cours des mécanismes de l’immunité innée en reconnaissant des motifs moléculaires conservés chez de nombreux pathogènes. L’adjuvant que l’on a développé bonifie le vaccin saisonnier, contre la grippe entre autres, et peut être utilisé pour le développement de nouveaux vaccins.

IC : Vous avez démontré que les capsides virales déclenchent une réponse immunitaire (cellulaire et humorale) qui persiste plus d’une année après une seule injection vaccinale. Pourquoi ce type de vaccination persiste plus longtemps ?

D.L. : La stimulation de la réponse innée a pour bénéfice de déclencher une réponse mémoire qui persiste plus longtemps. La réponse mémoire est ce qui permet de reconnaître un virus ou une bactérie ayant déjà été en contact avec notre corps. Dans le cas des souris, on arrive à induire une réponse immunitaire qui persiste sur toute la vie de l’animal (2 ans et demie). Chez l’humain, on ne sait pas encore. Les premières phases cliniques sont prévues pour avril 2013.

IC : Contre quel type de bactéries ou de virus votre vaccin pourrait être efficace?

D.L. : La plateforme est versatile et nous pouvons développer des vaccins contre n’importe quelle maladie infectieuse. Présentement, nous travaillons sur l’amélioration du vaccin saisonnier contre la grippe et nous essayons de développer un vaccin universel contre celle-ci. On s’intéresse aussi à l’hépatite C et à l’immunothérapie du cancer.

IC : Quels sont les avantages de ce vaccin par rapport aux autres ?

D.L. : La réponse immunitaire est plus globale et permet d’offrir une protection à spectre plus large. En bref, si on prend l’exemple du vaccin saisonnier contre la grippe, cela signifie que l’ajout de l’adjuvant permettrait le déclenchement d’une protection envers des souches du virus de la grippe qui sont différentes de celles que l’on retrouve dans le vaccin. Le vaccin devient alors universel.

IC : Est-ce que nous pourrons en bénéficier bientôt?

D.L. : La première phase clinique sera en avril 2013, suivie d’une phase 1/2 avec le vaccin saisonnier. Par la suite, il faudra probablement 5 à 6 années et plusieurs centaines de millions de dollars pour l’amener sur le marché. Avec le bon partenaire, c’est tout à fait possible.