Le 25 septembre dernier, à l’initiative de la table de quartier EnGrEnAgE Saint-Roch, une séance d’information et d’échange à propos des sites d’injection supervisée (SIS) a été tenue au convivial Tamtam Café. L’assemblée était animée par Marc De Koninck, organisateur communautaire au CIUSSS de la Capitale-Nationale, et Mario Gagnon, directeur général de Point de Repères, un groupe communautaire accompagnant les utilisateurs-rices de drogues injectables (UDI).

Pour l’occasion, une vingtaine de citoyens-nes ont investi ce repère du contingent communautaire et artistique de Québec. L’assemblée s’inscrivait dans une série d’évènements visant à familiariser la population avec l’éventuel SIS dont l’implantation devra encore franchir quelques étapes.

Parmi celles-ci, l’actuelle période de consultations se prolongera jusqu’au 5 octobre. Outre la démonstration du besoin comme étant « réel », le montage financier du futur site fera l’objet d’une validation. Une demande d’exemption sera déposée à Santé Canada d’ici la fin de l’année 2018, le délai de traitement anticipé étant environ de deux mois. Enfin, des rencontres avec la Ville auront pour fin de parachever le projet : les bases de celui-ci pourront enfin être jetées sur le terrain lui ayant été dévolu au coin des rues Monseigneur-Gauvreau et Sainte-Marguerite du quartier Saint-Roch. Le site doit effectivement être « le plus proche des gens possibles en évitant les voies commerciales ».

Sitôt l’aval obtenu, un site temporaire sous la forme d’une « roulotte de chantier » sera érigé. Des liens naturels se créeront avec les groupes communautaires qui jouxteront le futur SIS. La clinique communautaire de santé et d’enseignement SPOT, le YMCA et Lauberivière seront du nombre. Ces liens ne se traduiront toutefois pas par la contribution directe de ces groupes communautaires à la prestation des services du SIS.

 

Une urgence de besoins

La pertinence des SIS n’est plus à établir: « les résultats sont au rendez-vous pour ceux et celles utilisant les services », affirme Marc De Koninck. Un rapport qu’ils ont rendu public en 2015 rend compte de la réalité de quelque 900 UDI spécialement exposés-es aux risques d’infection en raison de leur profil « marginalisé et désaffilié » à Québec.

Un-e UDI sur cinq avait ainsi partagé son matériel d’injection au cours des six mois précédents, tandis que quatre UDI sur dix s’étaient injectés sur des lieux publics. Un tel contexte pose des risques à la fois en raison de sa précipitation intrinsèque et du matériel susceptible de joncher l’environnement par la suite.

En 2011, la Cour Suprême du Canada avait tranché : les SIS contribuent à sauver des vies. Leur implantation ne se traduit pas par une augmentation des méfaits ni de la consommation chez les UDI. Les SIS incarnent ainsi de véritables « établissements de santé ».

Parmi les embûches qui ont jalonné le cheminement du projet, les réticences de certains membres du voisinage ont été invoquées. « On est face à quelque chose de mystérieux et d’inconnu », concède Marc De Koninck.

 

 

 

Colmater une brèche de services

Fort d’une expérience d’accompagnement de 28 ans auprès des personnes UDI, Point de Repères n’est présentement pas autorisé à superviser l’injection au sens de la loi. Le projet de SIS, en aménageant une zone où les gens peuvent s’injecter légalement, s’inscrira dans la continuité des services que prodigue déjà l’organisme, notamment : distribution de matériel d’injection, promotion des droits des UDI et accompagnement dans leur cheminement vers leurs objectifs personnels, en vertu d’une approche de réduction des méfaits et en reconnaissant la pleine autonomie des consommateurs-rices.

Le futur SIS offrira quant à lui des services d’accueil, d’éducation, de soutien psychosocial, de supervision des injections et de gestion des complications.

 

La mise à contribution des pairs-es

Outre des intervenants-es communautaires et du personnel soignant, l’éventuel SIS misera sur l’implication de pairs-es ex-consommateurs-rices, les « personnes les plus crédibles en termes de lien de confiance », selon Mario Gagnon. À ce titre, la situation de Montréal, qui compte déjà trois sites fixes et un site temporaire, est éclairante : l’augmentation de leur fréquentation, d’abord famélique, a été tributaire de la création de liens avec la population. La moitié des visites y comprennent « plus qu’une simple injection », c’est-à-dire que l’UDI sollicite les services d’accompagnement de la part des intervenants-es.

Le SIS comprendra une salle d’accueil. Puis, la personne UDI accèdera au cabinet d’injection. Enfin, une salle de répit, familièrement désignée comme une salle de « dégrisement », aura pour fonction de « protéger la personne des conséquences les plus graves » susceptibles de découler de sa consommation.

 

Restituer aux UDI un sentiment de dignité

Enfin, Mario Gagnon est d’avis que l’implantation du SIS enverra un message fort :  « Les UDI sont importants ». La voix étreinte par l’émotion, le directeur de Point de Repères a martelé que « l’estime de soi est souvent le premier jalon pour arrêter éventuellement la consommation ». Le SIS sera conséquemment construit « dans un esprit de dignité ».

Or, les statistiques qu’a colligées le groupe de travail dont font partie Marc De Koninck et Mario Beaulieu sont probantes : c’est non seulement de la dignité des UDI qu’il en retourne, mais de la survie de nombre d’entre eux-elles.

Les citoyens-nes désireux-ses de transmettre leurs commentaires au sujet du futur SIS peuvent encore le faire jusqu’au 5 octobre via l’adresse courriel suivante : sis.ciusss@ssss.gouv.qc.ca