Les activités d’intégration de l’Université Laval auront une toute nouvelle couleur cette année, alors que les effets de la campagne Sans oui c’est non! se font sentir. Si initiation rime généralement avec activités dégradantes et consommation excessive d’alcool, les organisateurs et organisatrices ont été conscientisées cette année à la violence sexuelle sur les campus, particulièrement en contexte festif.

En pleine préparation des activités d’intégration, les représentants et représentantes des associations étudiantes du campus ont reçu une formation obligatoire sur la prévention des violences sexuelles et les règlements disciplinaires de l’Université Laval donnée par le Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement (CPIMH). Cette nouveauté fait écho à la mobilisation du programme Sans oui, c’est non! et d’autres acteurs sociaux dans le but de sensibiliser le milieu universitaire québécois à la violence sexuelle sur les campus.

L’objectif général de la journée de formation était de diminuer la présence de comportements sexualisés dans les activités sociales festives. Selon le document de référence distribué aux participants et participantes, cela impliquait d’abord de définir les agressions, le harcèlement sexuel et la culture du viol. Le terme culture du viol est apparu dans les milieux féministes américains et désigne « une organisation de croyances qui encourage les agressions sexuelles et la violence envers les femmes, pouvait-on lire dans le document. C’est une société où la violence est perçue comme étant sensuelle et la sexualité comme étant violente. »

La formation offerte vise justement à changer ces faits de culture, à partir de la notion de consentement. Ce dernier doit être volontaire, libre et éclairé. L’influence de drogues et d’alcool, un état d’inconscience, un abus de confiance ou des menaces invalident automatiquement le consentement. Un simple changement d’avis ou refus constitue aussi une absence de consentement.

L’activité devait par ailleurs permettre aux organisateurs et organisatrices d’identifier et de dénoncer les comportements sexualisés pouvant créer des inconforts dans les activités sociales festives et de bien cerner les impacts de l’implication à des activités à connotation sexuelle dans le contexte des activités d’intégration. La formation mettait ainsi l’emphase sur l’influence des groupes sur les choix individuels et sur les ressources à la disposition des participants et participantes.

Bien que la formation était portée par de grands principes, la coordonnatrice aux affaires externes du Regroupement des étudiantes et étudiants en sociologie de l’Université Laval (RÉSUL), Carolanne Pareanteau-Labarre est d’avis qu’elle aurait pu être encore plus efficace : « Il aurait été intéressant que la formation ainsi que son contenu soit davantage poussés dans la mesure où elle ne donnait pas de solutions aux problèmes, ni d’alternatives ou de moyens afin d’éliminer les rapports de dominations, les violences sexuelles ou autres qui pourraient avoir lieu lors des différentes activités. »

Questionnée à savoir comment arriver à mettre en pratique les idées véhiculées par le comité, la porte-parole de Sans oui c’est non! Milène E. Lokrou indique : « c’est l’association qui installe l’atmosphère. Dans les contextes d’initiations, certaines activités peuvent engendrer des situations à risques. La responsabilité des exécutants est de s’assurer que ces activités sont proscrites et que l’environnement est sécuritaire. Les limites du consentement doivent êtres respectées et validées à chaque activité, très souvent pendant l’activité. »

« C’est la responsabilité des associations étudiantes. On est en lien très proche. Dans l’organisation des initiations, le service d’ordre étudiant collabore avec les associations pour que les formations qui sont disponibles soient de qualité et concrètes, ajoute le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval, Robert Beauregard. S’il y arrive des dérapages, ce sont eux qui sont responsables des activités qu’ils ont organisées. » Le règlement universitaire stipule d’ailleurs que les plaintes reçues à l’endroit de l’Université seront renvoyées directement aux associations.

Dans le cas des initiations du programme de sociologie, ces principes étaient déjà en application. « Les activités du RÉSUL ne contiennent pas de rapport de domination ou toutes autres formes d’exploitation ou de violence. Le consentement de toutes et tous est toujours de mise pour nos activités, poursuit la coordonnatrice aux affaires externes de l’association. Dans toutes nos activités, il y a la présence d’un ou une gardien-ne du senti pour gérer les situations d’inconfort. Son numéro de téléphone est affiché pour que les personnes puissent communiquer directement et de manière anonyme. »

L’équipe d’Impact Campus a aussi contacté l’association des étudiantes et étudiants en communication publique de l’Université Laval (AÉCPUL) dans le but d’avoir un retour sur la formation. Ces derniers ont refusé l’invitation et nous ont référé à la CADEUL.

 Les premier pas d’une démarche plus large

Sans oui c’est non! est un organisme à but non lucratif depuis décembre 2016, dirigé par un conseil d’administration depuis avril 2017. Mis en place au départ dans les universités, l’organisation offre de la sensibilisation aussi dans les cégeps, en collaboration avec les associations étudiantes mais aussi les établissements d’enseignement. Cela représente 28 établissements collégiaux en plus des 19 campus universitaires pour un total de 47 associations étudiantes. Ce sont 94 partenaires au total qui participent à la définition des orientations du programme.

La formation sur la prévention des violences sexuelles s’inscrit donc dans une démarche plus large entamée il y a plus d’un an par Sans oui c’est non! La porte-parole Milène E. Lokrou se réjouit d’ailleurs de l’ouverture des différents acteurs du milieu universitaire : « On a une très bonne collaboration à travers le Bureau de coopération interuniversitaire. Les administrations font des efforts afin de créer des environnements sécuritaires. Pour plusieurs, c’est une priorité. »

La consultation des différentes communautés étudiantes a aussi permis de constater que, dans la plus grande partie des cas, les activités festives se passent assez bien : « Il y a des très bonnes pratiques qui existent depuis longtemps et qu’on a documenté dans le rapport de Sans oui c’est non!, poursuit la porte-parole. Par contre, il y a encore des cas qui laissent à désirer et ce sont ces cas qui se retrouvent dans les médias. Depuis que la campagne existe, on voit un changement de mentalité, mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. »

L’exécutante du RÉSUL rencontrée se réjouit aussi des différentes actions, bien qu’un travail de sensibilisation important reste à faire sur le terrain. « Même si on en parle de plus en plus, il reste beaucoup de sensibilisation et de changements à effectuer en ce sens, indique Carolanne Parenteau-Labarre. Ces enjeux sont profondément incrustés dans la façon de penser et d’agir de plusieurs personnes et il est parfois difficile de leur faire comprendre que leurs gestes contribuent à perpétuer tous ces types de violences et de domination. »

Tout au long de la session, Sans oui c’est non! entend continuer les formations de témoin actif ainsi que sa tournée des différents collèges et universités, en plus de travailler à dégager les fonds nécessaires pour optimiser ses activités L’organisation continue aussi de produire du matériel et de l’information dans le but de la redistribuer aux associations locales afin de les soutenir dans leurs campagnes. Les initiatives sont pour le moment peu encadrées, bien que cette situation pourrait changer dès cet automne avec l’adoption d’une loi cadre.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a en effet annoncé, le 21 août dernier, un investissement de 23 M$ afin de contrer les violences sexuelles sur les campus québécois. « Ce sont des pas dans la bonne direction. La ministre est très investie dans ce dossier et elle alloue les ressources qu’il faut, conclut Milène E. Lokrou. Il reste maintenant à voir comment cet argent sera alloué. »

Plusieurs ressources sont à la disposition des personnes pouvant vivre un inconfort pendant les activités d’intégrations. En cas de problème, il est possible de communiquer avec le Service de sécurité et de prévention de l’Université Laval, le CPIMH, le Bureau d’aide aux étudiants, le Service de police de la ville de Québec, l’organisme Viol-Secours CALACS de Québec ou en téléphonant au 1-888-933-9007, une ligne d’écoute confidentielle destinée aux victimes d’agressions sexuelles et à leurs proches.