Ritalin®, Vyvance®, Concerta®, ces médicaments pour contrer le trouble du déficit de l’attention (TDAH) sont consommés par de plus en plus d’étudiants qui n’en ont pas besoin et qui voient en eux un coup de main pour leurs études. Impact Campus discute des risques liés à cette pratique avec Véronique Mimeault, psychologue au centre d’aide de l’Université Laval.

L’Université Laval ne possède aucune donnée exacte sur le nombre d’étudiants consommateurs de psychostimulants. Cependant, une étude canadienne réalisée par le CAPRES portant sur la santé mentale des étudiants universitaires estime qu’au Québec entre 3 et 11% des étudiants seraient des consommateurs, alors que d’autres études mentionnent que près d’un tiers des élèves aurait recours à des psychostimulants lors de leur parcours académique. La facilité d’accès des pyschostimulants auprès des étudiants, créant une certaine forme de banalisation lors de la prise de ceux-ci, fut identifiée comme facteur explicatif des chiffres élevés.

«Au Québec entre 3 et 11% des étudiants seraient des consommateurs, alors que d’autres études mentionnent que près d’un tiers des élèves aurait recours à des psychostimulants lors de leur parcours académique.»

La prise de ces médicaments lorsque non prescrits par un médecin comporte de nombreux dangers. « Il ne faut pas oublier qu’on parle ici d’un médicament et qu’il y a des risques associés à la prise de psychostimulants sur le long terme : anxiété, insomnie, maux de tête et sevrage. Ce n’est pas parce que c’est légal que ce n’est pas dangereux », souligne Véronique Mimeault. Elle ajoute du même souffle que la prise de psychostimulants peut mener à une dépendance psychologique où l’étudiant croit dur comme fer qu’il ne réussira pas certains cours s’il n’a pas recours aux psychostimulants.

De plus, certains effets des médicaments demeurent inconnus pour l’instant « Ce n’est pas une pilule miracle loin de là. En fait, il n’y a aucune étude qui démontre l’efficacité des psychostimulants sur la réussite scolaire chez les étudiants ne souffrant pas de TDAH », mentionne Mme Mimeault.

Elle soutient que la consommation de psychostimulants révèle parfois des problèmes plus sérieux : « Je vois ça comme un signal d’alarme, un signe annonciateur que l’étudiant a un problème de gestion de stress ou de temps et qu’il cherche une solution miracle sans se soucier des conséquences. Au lieu d’en arriver là, il faudrait que l’étudiant se pose des questions sur son mode de vie et sur ses attentes ».

Contexte de performance inquiétant

Le culte de la performance et la recherche de l’excellence sont présents dans toutes les sphères de la société. Le milieu universitaire est même coupable d’être un des milieux où cette pression est la plus forte.

« Je comprends le contexte qui pousse les étudiants à consommer des psychostimulants. Le stress constant, les exigences élevées, la conciliation travail-étude-vie sociale parfois difficile explique facilement que certains étudiants voient dans ces médicaments un outil de travail », affirme Véronique Mimeault.

Elle ajoute que le défi est grand et qu’il en est un de société. « Il y a plusieurs questions à se poser sur ce qui pousse les étudiants à consommer». Elle se questionne quant au fait que certaines pratiques institutionnelles de l’Université pourraient être revues pour réduire le niveau de stress des étudiants. « Est-ce qu’on est obligé de planifier la session pour que certains étudiants aient deux ou trois examens la même journée? »

Une multitude d’alternatives

Le centre d’aide aux étudiants situé dans le pavillon Maurice-Pollack est un service gratuit à la disposition des étudiants qui se sentent étouffés par le poids des études. Les étudiants ne sont pas laissés à eux-mêmes, mentionne la psychologue. La porte est toujours ouverte pour les étudiants qui se sentent en difficulté.

Véronique Mimeault propose plusieurs stratégies personnelles pour éviter d’en arriver au point de consommer des psychostimulants : « Bien évidemment, la clé du succès passe par une gestion efficace de son temps et de son stress. Il faut se fixer des objectifs réalisables. Parfois, de revoir ses exigences personnelles et d’éviter les comparaisons inutiles avec les autres étudiants peut être grandement bénéfique. Il faut revenir à la base et se questionner sur la culture de performance que l’on s’impose à soi-même ».

Mme Mimeault ajoute : « Un échec ce n’est pas la fin du monde. Le sentiment d’urgence ne doit pas prendre le dessus sur tout. Revoir son mode de vie peut faire des miracles sur le bien-être de l’étudiant. Le sommeil, l’exercice physique et la nutrition sont des aspects non négligeables. Finalement, parler du fait qu’on se sent débordé à sa famille ou son cercle social peut nous aider à surmonter la pente ».