Au cours de la rentrée universitaire, certains étudiants ont été surpris par une performance des plus originale. Le groupe d’action artistique Grande Fille, en compagnie de l’artiste burlesque Vanille ont voulu bousculer les étudiants avec une manifestation dénonçant les initiations et la culture sexiste qui s’y rattache. Auréliane Macé et Aube Forest-Dion, fondatrices du groupe, expliquent leur démarche.

C’est sans préavis, sans annonce et sans flafla que les membres du collectif Grande Fille ont tenté de sensibiliser la communauté universitaire. Les étudiants étaient invités à commettre des gestes dégradants, sur les jeunes femmes, sous le prétexte des initiations.« La porte était ouverte à toute sorte de gestes », racontent Mmes. Macé & Forest-Dion. Ces dernières, enchainées à un arbre près du pavillon Desjardins, ne semblaient pas s’amuser, loin de là. Par la suite, six autres femmes, sur lesquelles on avait inscrit des mots tels que « sale pute » et « deep throat » pour ne nommer que ceux-là, sont venues rejoindre les initiées. Elles ont, auparavant, déambulé partout sur le campus, se faisant dévisager, ignorer ou ridiculiser par tous ceux qui croisaient leur chemin.

« On avait un désir de s’offrir en bouc émissaire à la communauté universitaire afin de dépasser toutes ces pulsions d’initiations malsaines et signer la fin des initiations humiliantes », raconte Auréliane Macé.

« On trouvait que c’était vraiment pertinent d’offrir une plateforme pour drainer l’énergie négative qui entoure les initiations », ajoute Aube Forest-Dion.

Selon les organisatrices de l’évènement, les femmes ne sont pas les seules à être la cible de gestes inadmissibles lors de ce type d’activité. Cependant, ce sont les femmes qui subissent le plus souvent les contrecoups des débordements : « C’était important pour nous de mettre l’accent sur les femmes parce que, malheureusement, lors des initiations on retrouve énormément de comportements sexistes et d’agression à caractère sexuel. On peut le lire dans plusieurs études qui ont été faites à ce sujet ».

« Dans plusieurs initiations, on assiste à des défis assez étranges où l’on peut demander aux filles d’embrasser d’anciens étudiants, d’embrasser d’autres filles ou de montrer ses seins. On a qu’à penser à ce qui s’est passé l’an dernier à l’initiation de la faculté d’administration où il fut inscrit, sur le front de filles uniquement, des mots tels que « je veux un bat », « fille facile », etc. », mentionne Auréliane Macé.

Photo: Courtoisie, Jeanne Murdock

Réactions multiples

Les jeunes femmes affirment que le contexte de société actuelle (mouvement #moiaussi, sans oui c’est non) permet à la communauté universitaire d’être de plus en plus sensibilisée. Il reste toutefois du chemin à parcourir.

Lorsque questionnées sur la réaction des étudiants, celles-ci répondent : « Il y a eu énormément de réponses [à la performance], mais nous, on n’a rien répondu. On voulait laisser les gens répondent comme ils voulaient, sans jugement ».

« Il y a eu beaucoup de réponses songées et sensibles, beaucoup d’étudiants qui semblaient vraiment touchés par ce qu’on véhiculait comme message, beaucoup d’étudiants qui se sont imposé une limite aux gestes qu’ils peuvent commettre. Ceci dit, un grand nombre d’élèves ne se sont même pas posés de question par rapport à s’ils devaient ou pas poser ce genre de gestes humiliants, pour eux c’était normal, c’était les initiations », relate Aube Forest-Dion.

Les jeunes femmes demeurent satisfaites de la réaction générale des passants.

« Le fait qu’on avait l’air plus ou moins consentantes, ça a créé un beau questionnement chez la plupart des gens. C’est sûr que y’a des gens qui ont lancé des trucs sans se poser de questions, mais plusieurs étudiants ont argumenté, qui ont hésité, qui trouvaient que ça allait trop loin. »

« Grâce à notre performance, on a réussi à démontrer que durant les initiations, on tolère l’intolérable », lance joliment Auréliane Macé.

Grande Fille

Le collectif Grande Fille est issue de la collaboration d’Aube Forest-Dion et d’Auréliane Macé. Les filles se décrivent comme des artistes qui tentent de démocratiser l’art tout en permettant aux citoyens de se réapproprier plusieurs enjeux de société.

« Grande Fille participe par l’art et par des actions qui sortent des contextes préétablis de présentation de l’art. On veut que le spectateur se questionne et qu’il sorte de sa zone de confort ».