Même si le Bloc québécois connaît une belle remontée dans les sondages depuis une semaine, grâce, ou à cause, des coupes en culture, il y a toujours une incompréhension chronique entre la population et les artistes. À contrario, le citoyen lambda se sent plus proche du sportif, qui est censé défendre ses valeurs les plus profondes, soit le dur labeur, l’opiniâtreté, le respect des règles et l’obtention d’un résultat perceptible. Faire un parallèle entre le travail d’un artiste et celui d’un sportif semble être fortement pertinent afin de comprendre cette différence de perception de la population, envers deux métiers qui se ressemblent pourtant.

Pour commencer, lorsqu’un artiste présente son œuvre, nous nous retrouvons face au travail fini. Le spectateur n’assiste pas à la phase de création et de travail, qui précède la présentation du résultat. Le processus de création est totalement annihilé lors de l’admiration de la production. Oubliés les années d’apprentissage des techniques de création, d’essais fortuits et d’œuvres ratées. Des années de doute, d’isolement et de repli sur soi. Tout ce que voit la population lors de la présentation de l’œuvre, c’est un artiste souriant, sûr de lui, au langage posé et soutenu, qui ne cadre pas avec les soucis quotidiens de l’individu «normal».

Le sportif lui aussi souffre tout au long de sa jeunesse pour toucher du bout des doigts son rêve de devenir un athlète de haut niveau. Mais en plus du résultat, la population assiste à la production de sa victoire. Les spectateurs suivent son ascension et ses succès, mais aussi sa chute et ses désillusions. Un effort visible et perceptible, puisque le sportif va dépasser ses limites physiques pour atteindre son objectif. Transpiration, blessures, souffrance, larmes, des maux et des émotions que chaque être humain peut ressentir. De plus, au moment d’expliquer sa réussite et son échec, le sportif utilisera des mots et des expressions du langage populaire. Le citoyen s’identifiera à lui, puisque l’athlète vit les joies et les peines de tout un chacun.

Ensuite, il y a la problématique de la complexité de la lecture de l’œuvre. Une œuvre d’art, par définition, est la production d’un artiste (artiste: «qui a le sentiment de la beauté», Petit Robert, 2008). L’art est donc subjectif et sujet à l’interprétation, que ce soit de l’artiste ou du public. Il y a différents niveaux de lectures dans une œuvre. Selon la perception de chacun, elle aura une signification différente. Là est le problème de l’art: incompréhensible pour certains, inutile pour d’autre, l’art est difficilement accessible.

L’action sportive est brute. Le spectateur assiste à un spectacle sans fard, ni filtre. Ce qu’il voit est la réalité, c’est-à-dire ce qui se passe réellement à l’instant présent. Pas besoin de réflexion, ni de concentration, il suffit de suivre le jeu. Bien sûr, les spécialistes du sport se creuseront les méninges pour décortiquer les phases de jeu et les stratégies utilisées par les entraîneurs, mais sinon, la majorité de l’assistance mettra son cerveau à off pour profiter du spectacle.

Un point de convergence : le social
Néanmoins, l’art et le sport ont un point commun: l’aspect social. L’art permet à des citoyens anonymes d’exprimer leur révolte à l’encontre d’une société qu’ils ne comprennent pas, et qui ne les comprend pas, et qu’ils méprisent pour son formalisme et sa structure rigide. Par le théâtre, le cinéma, la peinture, la sculpture, la danse, etc, des artistes d’horizons et de cultures différents se rejoignent et interpellent la population dans leur lutte contre l’ordre établi. En outre, l’art est une magnifique façon de permettre à des personnes «marginales» d’exprimer leur talent par des voies autres que celles qui nous sont inculquées traditionnellement.

Le sport permettra toujours à des personnes de milieux populaires de connaître un certain succès, une valorisation et une reconnaissance du reste de la population. Situation impossible dans un autre contexte. Le sport est également un merveilleux vecteur d’apaisement des tensions entre pays ennemis et le théâtre de rencontres impromptues entre des peuplades aux antipodes. En finalité, les vertus sociales de l’art et du sport ont vu la multiplication de success story, bonbons d’une population friande de destins incroyables et inusités.