Si la politique est un sport, le président du Conseil des ministres italiens, Silvio Berlusconi, semble l’avoir compris. Au-delà de ses importantes fonctions, Berlusconi est également propriétaire du AC Milan, équipe de première division du championnat de football italien. En deux mots, l’AC Milan est une institution en Italie, tout comme le Canadien l’est au Québec, bien que les comparaisons soient difficiles. Berlusconi a acheté le club en 1986 alors qu’il se trouvait déjà propriétaire de plusieurs entreprises. La semaine dernière, le président du Conseil annonçait qu’il entendait réduire la masse salariale de son équipe en raison de la situation économique mondiale. En janvier, Berlusconi annonçait personnellement à la télévision italienne que les tergiversations entourant le départ du joueur brésilien Kaka étaient choses du passé. Malgré les offres mirobolantes d’équipes anglaises, Berlusconi a su convaincre le joueur étoile de demeurer à Milan. Encore cette semaine, il commentait publiquement la tenue du milieu anglais David Beckam, de retour en sol européen après un séjour en dents-de-scie à Los Angeles.

Ce qui est amusant dans tout cela, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est qu’une loi italienne interdit depuis 2004 à tout membre du gouvernement à cumuler les mandats et d’occuper un poste opérationnel dans une entreprise. Bien-sûr, dès le vote de cette loi, Berlusconi a démissionné de son poste de président du club, tout en restant propriétaire, ce qui lui est toujours permis. Cependant, ce serait bien mal connaître le controversé chef du gouvernement italien que de croire qu’il se contente de laisser des tierces personnes administrer son équipe. La relation entre Berlusconi et l’AC Milan est, pour tout dire, fusionnelle.

L’utilisation du football par Berlusconi à des fins politiques est fascinante. C’est auprès des jeunes joueurs de son équipe qu’il va travailler son image dès le début de son règne à la tête de la formation milanaise. En 1989, il a réussi à faire déplacer 25 000 supporteurs vers Barcelone pour la finale de la Ligue des Champions qui opposait son club au Steaua Bucarest. Une victoire convaincante de l’AC Milan par la marque de 4-0 accolait à Berlusconi l’image d’un gagnant. En 1994, année où s’est tenue la première Coupe de monde en sol nord-américain et les élections législatives italiennes, il surnomme sa formation politique Forza Italia, en référence à un slogan populaire en Italie qui désigne l’équipe nationale. Berlusconi pousse l’audace jusqu’à nommer les candidats de sa formation les azzuris, soit le même mot qui désigne les joueurs italiens. Cette dénomination avait soulevé l’ire des médias de gauche du pays, ce qui n’a toutefois pas empêché Berlusconi de remporter l’élection.

Le football, ou calcio en italien, lui permet malgré les défaites électorales subies ces dernières années, de rester à l’avant-scène du paysage politique italien.Du coup, il procéde à une certaine politisation du football. Il faut dire que le fait qu’il possède des chaînes de télévision lui donne également un coup de main.

Dans son pays, la façon dont Berlusconi utilise le ballon rond à des fins politiques n’est pourtant pas nouvelle. Le régime fasciste de Mussolini a été en quelque sorte le premier régime contemporain à utiliser le sport à des fins de propagande. Chez les Italiens, le calcio a rapidement cessé d’être un jeu. Dans les années 1920, le Duce avait fermé la porte aux joueurs d’origine étrangère pour former une équipe purement italienne. Mussolini indiqua clairement à son équipe au cours des années 1930 qu’il fallait vaincre ou mourir. Ordre qui fut pris au pied de la lettre avec des victoires en Coupe du monde en 1934 et 1938, avec au passage une victoire aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936.

Il n’y a peut-être pas de lien à tracer entre les moyens des deux dirigeants, mais clairement, le foot est un outil pour arriver à une fin. Imaginez Jean Charest, propriétaire du Canadien de Montréal, qui négocie le contrat d’Alex Kovalev en même temps qu’il doit expliquer pourquoi le Québec fera à nouveau face à un déficit budgétaire à partir de cette année. À chacun ses mœurs politiques.