L’histoire a fait le tour des quotidiens du monde entier. La semaine dernière, la joueuse de tennis israélienne, Shahar Peer, s’est vu contrainte de renoncer à participer au tournoi de Dubaï aux Émirats arabes unis, les autorités locales lui ayant refusé le visa nécessaire pour entrer dans le pays, sous prétexte de sécurité. Néanmoins, tout porte à croire que c’est pour la simple raison que Mme Peer est israélienne. Les deux pays n’entretiennent aucune relation diplomatique.

La Women tennis association (WTA), qui gère le circuit féminin, a sévi en imposant une amende de 300 000 $ US aux organisateurs du tournoi. De plus, si des indices portent à croire que ce malheureux incident pourrait se répéter l’année prochaine, le tournoi serait tout simplement retiré du calendrier. La WTA exige notamment des organisateurs, que toutes les joueuses qualifiées puissent participer au tournoi sans discrimination liée à leur nationalité, en plus d’obliger de présenter à l’avance des preuves que les visas seront bel et bien délivrés. En fait, dès cette année, la WTA aurait dû envoyer ce message fort aux organisateurs et par le fait même, aux autorités émiraties. Car l’interdiction d’entrée à Mme Peer était à prévoir depuis fort longtemps.

Non seulement le refus d’octroyer un visa à la joueuse israélienne sous motif de sécurité est une faribole, mais il fait tremper sport et politique dans les mêmes eaux. Bien au-delà de la sécurité, l’interdiction d’entrée à Mme Peer est un acte discriminatoire basé sur la nationalité et, par ricochet, sur la religion. Autrement dit, cela constitue un acte raciste. Le problème est que le circuit féminin devait bien se douter que sa joueuse, qui est tout de même classée 49e mondiale, aurait des difficultés de cette nature.

Aurait-on dû annuler la présentation du tournoi? Oui, sans doute. Un geste d’une telle ampleur aurait envoyé le message aux autorités que le sport, et surtout le tennis, est le théâtre d’affrontements pacifiques qui n’impliquent que les individus. Par solidarité, le joueur américain Andy Roddick s’est désisté de la version masculine du même tournoi qui se déroule cette semaine. Le geste est loin d’être banal, puisque Roddick est le champion en titre du tournoi. Le Wall Street Journal a retiré sa commandite de l’événement, alors que la chaîne spécialisé Tennis Channel a pris la décision de ne pas diffuser l’événement. Toutes ces pressions semblent avoir eu un effet positif, puisque Andy Ram, joueur de double israélien, a finalement réussi à obtenir son visa, quelques jours avant le début de la présentation du tournoi masculin.

La joueuse israélienne n’est pourtant pas au bout de ses peines. Déjà au début de l’année, plus d’une vingtaine de spectateurs ont perturbé le début d’une de ses rencontres à Auckland en Nouvelle-Zélande, en guise de protestation contre l’offensive israélienne à Gaza. Même chose la semaine suivante à Doha au Qatar.

Peer va aussi devoir jouer un match de Coupe Davis à huis clos dans la ville de Malmö en Suède. Encore une fois, des raisons de sécurité sont invoquées. Ainsi, aucun spectateur ne pourra assister aux rencontres qui opposeront la Suède à Israël du 6 au 8 mars prochain. La police de l’endroit s’attend à plus de
10 000 manifestants. Quatre organisations ont déjà reçu leur permis pour manifester. Hans Linde, député du Parti de gauche, a même appelé à un «boycott sportif et culturel d’Israël». Lorsque le sport ne réussit plus à fédérer les humains, on fini par se demander comment on pourra y arriver.