S’il y a un rôle dans la Ligue nationale de hockey (LNH) qui n’est pas évident, c’est bien celui de goone. Leur seule présence physique est censée faire respecter leur équipe dans la ligue, mais pourtant, les batailleurs le sont souvent par dépit. Le plus célèbre d’entre eux, Georges Laraque, l’affirmait lors des entrevues en début de saison : il se bat parce qu’il n’a pas le choix et s’il veut rester dans la ligue, c’est sa seule solution.

Quelle position pourrait être plus ingrate que celle-ci? Obligés d’embarquer sur la glace pour se battre, les goones sont les premières victimes des nouveaux règlements post-lock-out, plus sévères à l’égard des instigateurs de batailles. Laraque expliquait aux journalistes, après que Komisarek se soit blessé en se battant avec Lucic, des Bruins de Boston, qu’avec les nouvelles règles, «On doit envoyer un fax à son adversaire, si on ne veut pas être suspendu». Il répondait ainsi aux critiques de plus en plus fortes, qui l’accusaient de ne pas faire sa job de batailleur.

Mettez-vous à la place de Laraque. Vous êtes le meilleur bagarreur de la ligue, celui que tout le monde respecte et craint. Pour avoir regardé des vidéos de combat du Montréalais récemment, je comprends cette crainte. Alors lorsqu’il propose à un adversaire de venir goûter sa gauche, il est normal que des joueurs moins costauds déclinent l’invitation, aussi polie soit-elle. Donc, les dirigeants des Canadiens sont frustrés parce qu’ils ont acquis un joueur qui n’apporte pas exactement ce à quoi ils s’attendaient. Le public est frustré parce qu’il s’attendait à plus de spectacle et Laraque est frustré parce qu’il ne peut pas exercer son métier.

Le choix de Montréal de signer Laraque était-il bon? Depuis le retour du lock-out, les postes d’importance à pourvoir, pour que l’équipe soit vraiment compétitive étaient un attaquant majeur dans le premier trio, Alex Tanguay, un vétéran expérimenté, Robert Lang, et un batailleur amenant le respect sur la glace, Georges Laraque. Malheureusement, ce dernier a trop de notoriété pour se battre. Aurait-il fallu acquérir un goone moins connu et qui aurait pu s’exprimer?

Selon Laraque, son rôle est de se battre, bien sûr, mais aussi d’imposer le respect sans avoir à le faire. Le plus important est qu’un joueur qui frappe un de ses coéquipiers sache que lors du prochain match, il aura Laraque sur le dos, comme a pu le constater Lucic après son combat avec Komisarek. Donc, il est là pour dissuader les autres équipes de marcher sur la sienne. C’est pour cette raison qu’il n’a pas besoin de se battre à chaque match pour que les autres franchises soient incitées à calmer leurs ardeurs face aux Canadiens.

Finalement, le choix de Laraque comme bagarreur n’est pas si injustifié, bien au contraire. Même si Laraque, comme la plupart des goones de la ligue, ne fait pas ce métier par gaieté de cœur, il apporte à son équipe son intensité, son esprit d’équipe et son physique. Le métier de batailleur est ingrat, il est vrai, mais a son importance, et est reconnu par les observateurs et spécialistes du hockey comme primordial si une équipe veut se rendre jusqu’au but ultime.