En écumant Internet dans le cadre de ma recherche de sujet hebdomadaire, je suis tombé sur une nouvelle discrète, anodine et qui n’a été véhiculée que dans les médias spécialisés. Cette nouvelle, somme toute basic, concerne l’invitation d’Usain Bolt à une réunion internationale d’athlétisme torontoise au mois de juin. Pour rappel, Usain Bolt est le sprinteur le plus rapide du monde, celui qui est censé passer sous la barre des 9 secondes
60 centièmes sur 100 mètres.

Et alors, me direz-vous. Ce qui m’a fait tiquer est le fait que j’ai retrouvé cette information sur la page «Sport amateur» du site Internet de RDS. Pourquoi cela me fait-il réagir? Parce que M. Bolt demande plus de 200 000 $ US pour courir une seule course. Oui, exactement 250 000 $ US pour moins de 10 secondes. En comparaison, Asafa Powell et Tyson Gay, qui étaient les athlètes les mieux payés avant Bolt, touchent deux fois moins par course. Et le gérant de Bolt est catégorique : son poulain ne va pas courir pour moins que 250 000 $ US la course en 2009. Un autre exemple : les organisateurs du marathon de Dubaï, qui avait lieu le 16 janvier dernier, ont proposé au coureur éthiopien Haile Gebreselassie, 1 M $ US si ce dernier battait son propre record du monde. «Malheureusement», Gebreselassie est arrivé avec seulement
90 secondes de retard par rapport à son record, et ceci, à cause de conditions climatiques pluvieuses, rarissimes dans la péninsule arabique. Ces deux exemples amènent à réfléchir sur la réalité du statut d’amateur de ces sportifs.

Il est important de ne pas mettre tous les athlètes dans le même sac. Le cas d’Usain Bolt est extrême, puisque sa surexposition médiatique est due à ses records extraordinaires, mais aussi à sa participation aux épreuves reines de l’athlétisme. En effet, les 100 et 200 mètres sont les courses les plus spectaculaires et les plus regardées lors des télédiffusions de rencontres d’athlétisme. Il ne faut donc pas mettre un athlète comme Usain Bolt dans le même panier que Lu Chunlong, par exemple, champion olympique de trampoline, une compétition, disons-le, un peu moins «sexy».

La grande majorité des sportifs participants aux Jeux olympiques sont des amateurs (excluant les sports d’équipes comme le basketball, le hockey ou le soccer) et ne vivent pas de leur passion. Mais certains, comme Bolt ou encore Michael Phelps, sont de véritables mines d’or pour les publicitaires, qui s’arrachent les droits d’exploitation de leur image. Les contrats publicitaires qui en découlent dépassent de beaucoup le million de dollars US. Mais ces sportifs gâtés ne représentent qu’une infime partie de la population d’athlètes mondiale et l’énorme majorité de ces derniers ne gagnent pas un centime en praticant leur discipline sportive. De plus, aux entraînements et aux compétitions, ils doivent ajouter leur vie professionnelle, ce qui résulte à un emploi du temps surchargé.

Les athlètes sont amateurs dans le sens où ils ne perçoivent pas de salaires d’un employeur pour leur participation à des compétitions. Néanmoins, l’accumulation de contrats publicitaires et la récolte de sommes extravagantes pour participer aux compétitions pour certains vont à l’encontre de l’essence même de l’amateurisme. En outre, cette situation créée un fossé entre ceux qui font de leur sport un métier, et s’entraînent quotidiennement, et ceux qui doivent travailler en parallèle et ainsi aménager leur emploi du temps en fonction de leurs obligations professionnelles.