Tout le monde a en tête les stéréotypes collant à la peau du geek : jeune homme dans la vingtaine, jouant à des jeux en ligne remplis de trolls, d’orques et d’elfes de toutes sortes, ayant une vie sociale se limitant à ses amis virtuels appelés captainkirk2060, chewbacca ou R2D2-4ever, et regardant en boucle des films ou séries tels que Tron, Wargames ou Battlestar Galactica.

Mais il semble que la geekitude ne soit pas que l’apanage des gamers d’internet. Une nouvelle appellation émerge depuis quelques années : sport’s geek. Selon une définition trouvée sur le site internet the quindecim.com, le sport’s geek n’a pas de vie en dehors de sa télévision et de ses trois chaînes de prédilections, c’est-à-dire ESPN, ESPN2 et ESPN Classic. En transposant ce profil type dans une réalité plus québécoise, le sport’s geek d’ici serait un amateur des débats passionnés de 110%, un obsédé de RDS et un vénérateur de Paul Houde, l’idole de tous les fanatiques de sport.

Autant les geeks, dans le sens classique du mot, acceptent bien leur condition, autant les sport’s geeks font un déni total face à cette catégorisation de leur condition de passionnés. Ils ne peuvent concevoir de se faire «insulter» de la sorte. En effet, pour eux, être taxé de geek est inacceptable, sachant que c’était exactement tout ce qu’ils rejetaient durant leurs années de secondaire. À cette époque, ils squattaient les terrains de sport, pendant que les nerds maniaient leurs manettes de Playstation. Mais franchement, quelles différences y a-t-il entre quelqu’un qui connaît tous les vainqueurs de la Coupe Stanley depuis 1917 et un autre qui peut citer toutes les planètes, ainsi que leurs caractéristiques, des galaxies créé dans Star Wars? À mon avis, aucune.

L’argument principal qu’un sport’s geek va avancer pour défendre son cas face une telle ignominie linguistique est que le sport, c’est cool. Les sportifs sont cool, les vêtements de sport sont cool, les publicités pendant les évènements sportifs sont cool et la bière accompagnée d’ailes de poulet, c’est un met cool. Alors que niaiser des heures devant son ordinateur à la recherche d’un nouveau tutorial pour Photoshop ou des futurs acteurs des films de super héros prévus pour 2012, c’est ennuyeux au possible. Question de point de vue. Mais sérieusement, n’importe quelle personne en dehors de ces deux catégories d’individus va trouver ces activités ou sujets inintéressants et sans grand intérêt. Les geeks, quels qu’ils soient, vivent dans un microcosme incompréhensible par le commun des mortels.

Mais le fait de vouloir s’échapper de son quotidien en vivant dans un monde irréel ou idéal, peut-il être critiqué? La légèreté des échanges et des problèmes soulevés par le monde virtuel d’internet ou du sport, permettent à certaines personnes de supporter la réalité d’une société complexe et impersonnelle. En se regroupant en forum ou en se retrouvant devant un écran de télévision pour un match des Canadiens, ces individus se sentent faisant partie d’un groupe avec lequel ils partagent une passion commune.

Alors, si différents que ça, les geeks et les sport’s geeks? Pas vraiment, et vous ne m’insulterez pas si vous dites que je suis un sport’s geek, parce que je connais tous les vainqueurs de la coupe du monde de soccer depuis 1930 et les 20 derniers champions NBA…