Gilles Duceppe a déclaré la semaine dernière qu’«il est inadmissible que des athlètes reçoivent des récompenses après avoir remporté une médaille alors que d’autres, simplement parce qu’ils concourent aux Jeux paralympiques, n’en reçoivent pas. Chantal Petitclerc, par exemple, est une des plus grandes athlètes québécoises de tous les temps et il ne serait que normal de le souligner de manière concrète». Il a aussi appelé les autres chefs de partis à s’engager, dès le retour à la Chambre des communes, «à adopter une mesure budgétaire spéciale pour faire en sorte que le Comité paralympique canadien puisse distribuer des récompenses bien méritées à nos athlètes».

Cette déclaration permet de mettre en avant un fait dont personne ne se préoccupe, mais qui est en soi révoltant et, à la limite, ségrégationniste: pourquoi un athlète sans incapacité aurait-il le droit de recevoir une enveloppe pour le féliciter de ses performances au Jeux Olympiques, et pas un athlète ayant une incapacité?

Il me semble que l’exploit réalisé par un athlète ayant des limitations fonctionnelles est deux fois plus impressionnant que celui effectué par un athlète sans incapacité. Dans un premier temps, il s’agit pour la personne handicapée de surmonter son handicap pour se prouver qu’elle est capable de pratiquer un sport. Se dire que comme n’importe quel autre, elle peut aussi éprouver ce sentiment de satisfaction profond lorsque l’on repousse ses limites. Accepter qu’elle va sûrement tomber plusieurs fois avant de pouvoir arriver à un résultat à peu près correct. Des années et des années d’entraînement, de sueurs, de durs labeurs, pour pouvoir maîtriser assez son sport et participer à une compétition.

Nathalie Chartrand, médaillée de bronze à Barcelone et d’or à Sydney en goal-ball, nous explique le parcours d’un sportif aveugle : «Je suis aveugle depuis l’âge de 20 ans. Mais je me considère chanceuse puisque j’ai pu voir pendant 20 ans. Un aveugle de naissance ne peut pas s’imaginer à quoi ressemblent les choses. Donc, avant de débuter la pratique d’un sport, il faut se l’imaginer. Les aveugles partent de moins que zéro, et le temps d’apprentissage est beaucoup plus long.»
Deux fois plus de travail est donc nécessaire pour un sportif ayant une incapacité par rapport à un athlète sans incapacité. Toute une vie axée sur un seul objectif: pouvoir pratiquer son sport et représenter son pays lors des compétitions mondiales et les Jeux Olympiques. Vous me direz que les sportifs sans incapacité aussi donnent leur vie à leur sport, mais vivent-ils les mêmes contraintes?

Nathalie Chartrand nous raconte quelles étaient les siennes : «Lorsque j’allais à la salle de musculation, mon chien m’accompagnait. Il me faisait éviter les barres au sol, mais tout ce qui dépassait en hauteur, je me les prenais dans la face et ce n’était pas très agréable. Donc, la personne qui s’occupait de la salle de musculation me disait de venir le matin à 6h pour qu’elle puisse m’aider. Donc, tous les matins, je me levais à 4h30 pour pouvoir m’entraîner avant le travail».

Je suis sûr que vous comprenez pourquoi les paralympiens veulent avoir les mêmes avantages que les olympiens. Pourtant, il ne faut pas se leurrer, à nouveau cette affaire est une histoire de gros sous. Les Jeux Olympiques sont regardés par des millions de personnes, alors que les Jeux Paralympiques passent totalement inaperçus. Certains vous diront que Chantal Petitclerc a obtenu une belle couverture médiatique, et c’est vrai. Mais c’est aussi une façon pour les médias de se déculpabiliser en prouvant qu’ils font leur part.

Radio-Canada dit aussi couvrir les Jeux Paralympiques : quatre heures en deux jours, les 27 septembre et 4 octobre prochains en après-midi. Les Jeux Olympiques ont été diffusés jusqu’à l’écœurement pendant deux semaines.

Madame Chartrand est bien sûr d’accord avec Gilles Duceppe et trouve que ce serait une façon de se sentir soutenu par les institutions que de recevoir une récompense financière. Un geste simplement démocratique et signe de l’idéologie égalitaire du Canada.