Autant le cyclisme est gangréné par le dopage, autant le soccer l’est par le racisme. Malgré les dizaines de campagnes très médiatisées auxquelles des joueurs influents ont participé, ce mal terrible frappe encore aujourd’hui le monde du ballon rond.

Plusieurs affaires ont entaché ce sport ces dernières années, dont la plus récente s’est déroulée en Croatie début septembre, au cours d’une rencontre entre l’équipe nationale croate et l’Angleterre. Emile Heskey, un attaquant anglais, a été victime d’insultes à caractère racistes de la part de quelques «amateurs» croates, ces derniers poussant l’injure jusqu’à imiter des cris de singes lorsque le joueur a écopé d’un carton jaune. Pour toute réponse, la FIFA (Fédération internationale de football association) n’a infligé qu’une amende de 19 000 euros à la fédération croate. Plusieurs médias anglais ont critiqué cette décision, ainsi qu’une ancienne étoile du football anglais, Les Ferdinand, qui a déclaré que cette amende ne constituait qu’«une petite tape sur la main», ajoutant que «Nous [les joueurs] essayons depuis des années d’anéantir le racisme en Angleterre. Mais la FIFA, en distribuant des petites amendes insignifiantes pour de tels comportements, semble tout faire pour ramener le racisme sur les terrains de football».

En effet, à la vue de ces évènements, les joueurs, le public, les organisations sportives ou tout simplement, les défenseurs des droits humains, sont un peu déstabilisés par le manque de leadership de l’organisation mondiale. Mais à l’échelle nationale aussi, certaine fédération sont à la traîne en ce qui a trait aux sanctions. Prenons l’exemple de la fédération italienne. Le championnat italien est le théâtre d’un déchaînement de haine raciale pratiquement hebdomadaire. Crachats, insultes, cris de singes, signes facistes, croix gammées, et j’en passe, et des pires, font parties du kit du parfait petit tifoso de certains clubs italiens. En 2005, un joueur ivoirien a même fondu en larmes sur le terrain de l’Inter Milan, sous le poids des insultes des amateurs milanais. Pourtant, les sanctions sont peu nombreuses et souvent légères. Seul Vérone, club de première division, a été puni en 2005, à la suite de l’accumulation de gestes racistes de la part de ses amateurs. Les Véronais ont dû jouer un match à huis clos.

Quand les joueurs oublient leur rôle
Certains joueurs affirment leur allégeances politiques face aux médias et font leur coming out fasciste. En 2005, Paolo Di Canio, capitaine de la Lazio de Rome, a exprimé sa joie durant une partie, en faisant le salut fasciste devant des amateurs. Il a justifié son acte se décrivant fasciste, mais pas raciste. «Je fais le salut romain [fasciste], pour saluer mes supporters et ceux qui partagent mes idées.» Pour sanctionner ce geste, la Fédération italienne ne l’a suspendu qu’à une rencontre de suspension. Léger, très léger.

Dans le même registre, Christian Abbiati, le gardien de but de l’AC Milan, a déclaré au journal Sportweek en septembre dernier, qu’il «partage les idéaux [du fascisme], comme la patrie et les valeurs de la religion catholique». Par contre, il assure ne pas abonder dans le sens de la doctrine mussolinienne lorsqu’il s’agit «des lois raciales, [de] l’alliance avec Hitler et [de] l’entrée dans la guerre.» Il se dit séduit «par la capacité qu’avait le fascisme à assurer l’ordre, en garantissant la sécurité aux citoyens.» Pour conclure, Abbiati déclare aussi avoir voté pour le parti d’extrême droite La Destra lors des dernières élections législatives en 2008.

En France, en mai 2007, lors de la rencontre Rennes-Lyon, un joueur lyonnais, Milan Baros, a effectué un geste explicite à l’endroit d’un défenseur africain du Stade Rennais. Après un échange verbal assez virulent entre les deux joueurs, l’attaquant de l’Olympique lyonnais s’est pincé le nez et a fait mine de ventiler l’air avec sa main. Ce geste, dont son auteur exclut toute connotation raciste, a valu à Baros trois matches de suspension.

Comment éduquer les amateurs, si les joueurs eux-mêmes ne donnent pas l’exemple? Comment un joueur de soccer peut-il affirmer haut et fort son approbation envers un régime ouvertement raciste? Il est incompréhensible d’assister à un tel laisser-aller de la part des hautes instances du soccer qui ne sanctionnent pas des joueurs censés faire l’apologie de la tolérance, de l’égalité des droits et du respect.