L’assistance aux matchs à domicile de l’équipe de football du Rouge et Or s’est essoufflée depuis 2004, indiquent des chiffres compilés par Impact Campus. Tendance inquiétante ou phénomène normal?

Une analyse des trois mois où le ballon ovale est à l’honneur à l’Université Laval indique une baisse généralisée du nombre de spectateurs présents aux matchs du Rouge et Or. Depuis 2004, la foule a fondu de 11,9 % en moyenne au cours des mois de septembre. Pour les mois d’octobre, ce pourcentage de baisse est de 9,8 % en moyenne, alors qu’il est de 14 % pour celui de novembre. Pour les trois mois, on constate une tendance à la baisse claire.

L’année 2015 a manifestement été difficile aux guichets pour le Rouge et Or. En fait, elle a été l’une des pires. Par exemple, si l’on compare le mois de septembre 2015 à celui de 2004, la chute d’assistance est de 3931 spectateurs, ce qui représente une baisse de 22,7 %. Une comparaison semblable, mais pour les années 2015-2010 et 2015-2013 révèle des baisses de 753 spectateurs (5,3 %) et de 1084 spectateurs (7,5 %) respectivement.

Fait à noter : plus que la saison du Rouge et Or avance, moins la foule se fait nombreuse. En moyenne, depuis 2004, environ 15 000 personnes ont assisté aux parties du Rouge et Or au cours du mois de septembre. Ce chiffre est d’à peu près 14 000 en octobre, et de 12 000 en novembre. Cela est probablement dû aux températures moins clémentes qui sévissent au fur et à mesure que s’amène la saison froide.

infographieInfographie : Guillaume Villemaire

Pas de surprise

Ces chiffres ne surprennent guère Christian Gagnon, directeur du Service des activités sportives (SAS). « Oui, il y a un peu de monde qu’à l’habitude, mais nous sommes loin de la panique », affirme-t-il. Selon lui, les matchs du Rouge et Or restent toujours des happenings n’ayant aucune commune mesure. « Que t’aies 12 000 ou 15 000 spectateurs, c’est toujours beaucoup plus que partout ailleurs dans le circuit du football universitaire canadien. »

Même son de cloche du côté de Frank Pons, professeur de marketing à l’Université Laval, qui voit davantage dans cette tendance à la baisse un « effet d’habituation » qu’un essoufflement. « Comme pour beaucoup d’évènements sportifs, il y a une perte de l’effet ″wow″ des débuts. C’est comme s’il y avait un besoin de renouvellement qui se faisait sentir. »

Ce dernier insiste beaucoup sur la normalité du phénomène. « Toutes les organisations sont confrontées à ce défi, peu importe leur grosseur, assure le spécialiste du marketing du sport. On ne peut pas toujours avoir du succès. »

Multifactoriel

Contexte d’austérité économique, chute de ce qui a été qualifié de « dynastie du Rouge et Or », changements multiples dans l’horaire de présentation des matchs dus au développement de la télédiffusion : les raisons évoquées par l’état-major du Rouge et Or pour expliquer le phénomène sont nombreuses. « C’est sûr que c’est un phénomène multifactoriel », tranche Christian Gagnon. « Il y a beaucoup de variables rentrent en ligne de compte », seconde Frank Pons.

Chose certaine : l’arrivée du Centre Vidéotron dans le paysage sportif de la Ville de Québec a clairement eu un effet sur l’assistance aux matchs de football du Rouge et Or. « Ce dernier suscite la curiosité et reconfigure la répartition du dollar-loisir, explique le grand manitou du SAS. Et on sait qu’avec la venue éventuelle d’une équipe professionnelle de hockey de la Ligue nationale de hockey (LNH), ce n’est pas fini. »

Pour sa part, M. Pons reste prudent sur les conséquences possibles de l’arrivée éventuelle de la LNH à Québec. « Le football universitaire n’attire pas les mêmes foules que celui du hockey professionnel », fait-il valoir.

Le mystère étudiant

Le frein à cette tendance serait-il… étudiant ? C’est en tout cas ce que pense Soraya El Goumiri, coadministratrice de la page Facebook « Rouge et Or : Zone des fans ». « Où sont les promotions s’adressant aux associations étudiantes ? Pourquoi n’y a-t-il pas de sections réservées aux étudiants dans le Stade Telus-UL ? », questionne celle qui déplore un « manque d’attention du Rouge et Or envers les étudiants ».

Si Christian Gagnon ne partage pas l’opinion de Mme El Goumiri, il reconnaît tout de même l’existence du mystère étudiant. « On doit trouver pourquoi les étudiants ne sont pas présents en masse lors des matchs. Est-ce à cause du gros roulement qu’il y a chaque année, l’absence d’une vie de campus, l’évolution des mœurs ? Franchement je ne sais pas », concède-t-il.

Il poursuit : « Au regard de tout ça, on a peut-être un travail d’analyse à faire. Vous savez, on ne l’a pas tant fait par le passé : on attirait et attire encore les plus grosses foules au Canada. »

Méthodologie

Les chiffres d’assistance aux matchs à domicile du Rouge et Or proviennent majoritairement de la section dédiée à cet effet du site internet du Réseau du sport étudiant québécois (RSEQ). Les chiffres manquants – pour 2015 entre autres – ont été recueillis sur le site internet du Rouge et Or. Les données d’assistance par mois et par saison présentées sont des moyennes.