Dans le cadre de la tournée d’Athlètes Red Bull, le patineur de vitesse Charles Hamelin était de passage à l’Université Laval le mardi 24 mars 2015. Il en a profité pour raconter son parcours et confirmer sa volonté d’être présent aux prochains Jeux olympiques en 2018.

C’est devant une centaine de personnes que le champion a résumé les vingt dernières années de sa vie de patineur de vitesse. D’emblée, il a expliqué avoir du fournir d’immenses efforts à ses débuts : « J’ai travaillé très fort parce qu’au début, j’étais vraiment poche. » Un peu plus de 135 médailles internationales plus tard, on peut constater que ses efforts ont payé.

Causer une surprise

C’est à 17 ans que Charles Hamelin a réalisé qu’il avait peut-être du potentiel. Cette année-là, il se qualifie pour ses premiers championnats. Causant la surprise générale, il va même jusqu’à se tailler une place en finale. Il terminera quatrième. Tout le monde se posait la même question : « C’est qui lui? »

En 2003, il réussit à faire partie de l’équipe nationale avec une cinquième place au pays, une chose vraiment extraordinaire pour lui : « C’est rare à 18 ans. Les autres avaient presque tous entre 25 et 29 ans. C’était spécial d’être avec mes idoles. »

Les premiers Jeux olympiques

Hamelin fait sa première apparition à Turin en 2006. Pour lui, c’est une découverte plus qu’une expérience puisqu’il vit son baptême du feu : « Je n’ai pas de souvenir précis. »

Au 1500 m, il se qualifie pour la finale même s’il n’était pas encore à l’aise dans cette distance. Il se fait sortir de la course par un Chinois et termine au pied du podium : « À bien y repenser, je me suis fait voler une médaille. Le mental mange un coup lors d’une chute. »

Représenter son pays… à la maison!

En 2010, les Jeux olympiques se tiennent à Vancouver. Entre temps, le natif de Lévis a eu le temps d’apprendre à savourer toutes les facettes de son sport.

Malheureusement, la compétition ne commence pas avec les résultats escomptés. Pour commencer la compétition, Charles doit se contenter de la finale B au 1500 m. Il l’emporte haut la main et termine 5e. Puis arrive le 1000 m en compagnie de son frère François. Lors d’une présidente course de cette distance, Charles avait terminé 1er et François 3e. Le but des frangins : répéter cet exploit.

Au grand bonheur de Charles, les deux frères se qualifient pour la finale : « Je n’avais jamais vécu de moment aussi grandiose avant ça dans ma vie. » Avant le départ, l’émerveillement fait place au stress, le mauvais stress. Dépassés par les Coréens, les Hamelin terminent quatrièmes et cinquièmes.

Après une pause qu’il qualifie de vraiment bénéfique, Charles se présente au 500 m avec un moral d’enfer : « C’est aujourd’hui qui ça se passe! » Tout se déroule à merveille et il se qualifie pour la finale en compagnie de son coéquipier François-Louis Tremblay.

La course commence et Hamelin sait très bien que le Coréen qui le suit n’attend qu’une petite erreur de sa part pour lui ravir la tête. Avec deux tours à faire, ce dernier réussit et Charles sait que la seule chose à faire c’est de l’avoir à la ligne d’arrivée.

Puis, surprise! Le Coréen chute! Le problème c’est qu’il entraîne le Canadien avec lui en touchant son patin avec sa main. Si Charles passe la ligne d’arrivée hors de contrôle ou en chutant, il risque la disqualification. Avec une grande maîtrise, et sûrement un peu de chance, Hamelin réussit à reprendre le contrôle et est sacré champion olympique du 500 m.

L’équipe masculine l’emporte aussi au relais grâce à une stratégie audacieuse. Charles Hamelin repart donc de Vancouver avec deux médailles d’Or.

Direction Russie

Pour Sotchi, les attentes ne sont pas les mêmes. Charles est le premier à le dire : les gens attendent beaucoup de lui après ses résultats à Vancouver. « J’entendais dire partout que je vais revenir avec les quatre médailles [500, 1000, 1500 m et relais]. »

Au 1500 m, il arrive en grande confiance. Tout ce qu’il fait fonctionne. Durant la finale, il se fait parfois dépasser, puis reprend les devants sans paniquer : « Il n’y avait rien à mon épreuve ». Effectivement, il termine sur la plus haute marche du podium. Cette victoire sera par contre le seul positif en sol russe. Il chute au 1000 m et avoue que c’est son erreur. Au 500 m, l’histoire se répète. Il chute, mais ne comprend pas ce qui s’est passé : « C’est ça qui a été le plus dur. »

Puisqu’il tombe au début des hostilités, il termine au tout dernier rang, lui qui défendait son titre de champion de 2010.

Les sacrifices

Être un athlète olympique, c’est une vocation qui exige des compromis. Pour Hamelin, ces derniers ont commencé à 17-18 ans alors qu’il a choisi de faire passer son entraînement avant les fêtes entre amis et les grands événements sociaux : « Je savais que si j’y allais, ça allait hypothéquer les 4-5 prochains jours d’entraînement. »

Le plus difficile pour lui, c’est la famille. Avec deux jours de congé à Noël et pas beaucoup plus au jour de l’an, c’est difficile de faire le tour : « Ce n’est pas facile, et ce même si la famille comprend. »

Le regard tourné vers le futur

Pas encore prêt pour la retraite, Charles Hamelin veut bien entendu se qualifier pour les prochains Jeux en Corée du Sud. En tant que vétéran de l’équipe, il souhaite former la relève de son sport. C’est maintenant lui le mentor.

Avec du recul, il croit que les événements de Sotchi lui ont été bénéfiques : « Si j’avais eu les quatre médailles sur quatre, j’aurais sûrement arrêté la compétition et je l’aurais regretté. »

Pour le futur de son sport, le médaillé olympique souhaite principalement une chose : la disparition de ce qu’il appelle les stratégies d’équipes. Dernièrement, alors qu’il disputait la victoire à deux Coréens, l’un d’eux a effectué une manœuvre pouvant être qualifiée de douteuse qui a permis à son compatriote de battre Charles : « Principalement, la Chine et la Corée font ça et ce n’est pas fair-play. Il faudrait revoir le règlement. »


Un couple de sportifs

Se suivant mutuellement, Marianne St-Gelais était présente lors de la conférence Athlètes Red Bull de son amoureux Charles Hamelin à l’Université Laval mardi midi. Pour la triple médaille olympique, c’était tout naturel d’y être.

En couple depuis huit ans – depuis hier ! -, la native de St-Félicien explique que leur relation fonctionne de cette façon : « Son histoire, je la connais. On est où va l’autre et on ne se vole pas la vedette. »

Fait cocasse, Marianne avoue que lors de compétition, ils n’ont pas du tout l’air d’un couple : « Charles a une routine qu’il a depuis avant qu’on soit ensemble. Il est dans sa bulle. Moi par contre, je suis plutôt du type distraite. Je regarde partout. » Les deux se contentent souvent d’un « bonne chance et on se voit tantôt. »

Ils apprécient le fait d’être ensemble lors des compétitions, mais ça n’est pas une motivation. L’avantage d’avoir l’autre s’est manifesté à Sotchi en 2014. Champion en titre au 500m, Charles chute et termine 32e.

Connaissant son compagnon, Marianne va voir Charles à sa chambre : « Je suis quelqu’un qui vit dans le moment présent. J’étais la bonne personne pour l’aider. C’est moi qui ai mentionné la question sur ce qu’il serait arrivé s’il avait gagné les quatre médailles. » Lors de sa conférence Charles a abondé dans le même sans : « Elle m’a fait comprendre que c’était simplement arrivé. »

Quand l’après-carrière approche…

La patineuse de vitesse ne s’en cache pas, les Jeux de 2018 seront fort probablement les derniers du couple. Charles aura alors 33 ans et elle 28.

Pour Marianne, il sera alors temps de passer à autre chose et elle n’aura pas de regrets : « Quand ça va être fini, ça va être fini. »

Celle qui fait son Cégep une session à la fois depuis 2007 a bien hâte de commencer d’autres projets. L’université en est un : « J’aimerais beaucoup me diriger du côté des communications. »

La famille est aussi quelque chose auquel le couple pense beaucoup. La compétition retarde néanmoins les choses à ce niveau: « On est fiancés depuis l’année passée, on voudrait donc se marier. On aimerait aussi avoir des enfants éventuellement. »

Ce décalage commence à être difficile, du moins pour Marianne. Elle ne veut toutefois pas s’en aller n’importe comment : « On veut s’en aller sans avoir de regrets. »