Le CrossFit, c’est plus qu’une méthode d’entraînement à la mode : c’est également une discipline sportive complète où des hommes et des femmes concourent les uns contre les autres. Regard sur ce sport qui combine gymnastique, haltérophilie et athlétisme.

1, 2, 3… c’est parti. Pour les six prochaines minutes, six athlètes au physique impressionnant complèteront, devant une foule nombreuse et captive, le plus de répétitions possibles d’une série d’exercices pas piqués des vers. Au menu : des levés de terre (deadlifts) suivis de redressements assis (sit-ups) et de sauts sur boîtes (box jumps). À la fin de leur calvaire, ils auront complété trois, quatre, voire cinq séries de cet enchaînement meurtrier. Si tout va bien pour eux, ils auront le temps de reprendre leurs esprits et leurs forces avant le prochain WOD (Workout of the day) du jour. Au total, les meilleurs en complèteront quatre, rien de moins.

Nous sommes à la Southside Classic – Hors Séry, une compétition de CrossFit qui s’est tenue à Lévis le 30 et 31 août dernier. Présenté pour une première année par CrossFit Lévis, l’événement a su rallier plus d’une soixantaine d’athlètes. Certains, comme Jessica Potvin, venaient d’aussi loin que du Saguenay. Pourquoi faire tout ce chemin ? « Pour me dépasser physiquement, mais aussi pour côtoyer de mes semblables », répond-elle de but en blanc.

Comme dix-sept autres de ses concurrentes, Jessica concourt dans le volet amateur de la compétition, le moins exigeant des deux présentés durant la fin de semaine. L’autre volet de la compétition est celui réservé aux élites, c’est-à-dire aux athlètes confirmés qui maîtrisent des gestes techniquement très avancés.

Le sport amateur à son meilleur

Peu importe leur niveau, une chose est certaine : tous les athlètes présents le sont par intérêt et par passion, et non par considérations pécuniaires. En effet, une maigre somme de 200 $ est prévue pour le gagnant et la gagnante de la catégorie « élite ». Considérant le coût d’inscription de 40 $, la différence est loin d’être énorme. Le sport amateur à son meilleur.

Rencontré sur place, Michel Tessier est l’archétype même du compétiteur de CrossFit. Relativement grand et baraqué, l’Asbestrien en est à sa sixième compétition cette année. Si tout va bien, il devrait, de connivence avec son colloque, en avoir neuf à son tableau de bord à la fin de la saison. Se qualifiant lui-même d’amateur, Michel s’entraîne tout de même dix heures par semaine, et ce, en dépit du fait qu’il travaille à temps plein.

Ils sont plusieurs comme lui à participer à l’une ou l’autre des compétitions de CrossFit présentées aux quatre coins du Québec. Selon Michel, « rares sont les fins de semaine durant l’été où il n’y en a pas une qui se tient quelque part, il suffit de chercher un peu ». Preuve de la popularité du concept, il était possible de voir une telle compétition lors d’Expo-Québec qui a eu lieu récemment.

Une Québécoise championne du monde de CrossFit

Le 27 juillet dernier, Camille Leblanc-Bazinet, une Québécoise de 25 ans qui étudie à l’Université de Sherbrooke en génie chimique, a remporté les Reebok CrossFit Games, l’équivalent des championnats du monde dans cette discipline. Ce faisant, elle est devenue la « femme la plus en forme sur terre ». Sa compatriote, la Montréalaise Michèle Letendre, a quant à elle fini bonne 4e.

Selon Manuel Perez, copropriétaire de CrossFit Lévis, les performances de Leblanc-Bazinet et de Letendre sont exceptionnelles pour des Québécoises. « Nous avons plusieurs années de retard sur les États-Unis où la pratique et le bassin de participants sont tous deux plus développés », affirme-t-il.

Et à l’échelle canadienne ? « Alors là, il n’y a pas de doutes : le Québec est la province où le sport se porte le mieux. »


 

NE BADINEZ PAS AVEC LE CROSSFIT !

Lorsque vous critiquez publiquement le CrossFit, vous le faites à vos risques et périls. En effet, le mouvement, qui compte plus de 10 000 centres affiliés de par le monde, est reconnu pour son épiderme sensible vis-à-vis tout ce qui s’apparente à une parodie, à une moquerie ou à une simple remise en question de ses bénéfices. Très actif sur les réseaux sociaux, CrossFit Inc. n’hésite pas à confronter, voire à poursuivre, ceux et celles qui égratignent son nom dans l’univers 2.0. La dernière victime en date est le National Strenght and Conditionning Association qui, après avoir publié en 2013 une étude rapportant un taux de blessures de 16 % à la suite d’un programme d’entraînement de CrossFit, s’est vu poursuivre pour « fabrication et publication de données mensongères ». L’affaire suit actuellement son cours.

(D’après des reportages d’Outside Magazine, d’USA Today Sports et d’Inc.)