Après la Ligue de hockey junior majeure de Québec qui faisait face à un débat houleux concernant la pertinence des batailles en fin de saison dernière, la ligue nationale se penche sur le sujet à la suite de deux évènements graves. Le premier est même d’une gravité extrême, puisqu’il implique la mort d’un joueur. En effet, Don Sanderson, jeune défenseur ontarien de 21 ans, évoluant pour les Dunlops de Whitby dans une ligue mineure senior du sud de l’Ontario, est décédé des suites d’une commotion cérébrale le 2 janvier dernier après trois semaines de coma. Sanderson s’était effondré à la fin d’un combat et avait frappé violemment la glace avec sa tête, sans casque protecteur. Le 23 janvier, Garret Klotz des Phantoms de Philadelphie, équipe de la Ligue américaine, a été pris de convulsions après être tombé KO sous deux coup de poings puissants de Kevin Westgarth, son adversaire. Ne pouvant se déplacer par lui-même, Klotz a quitté la patinoire sur une civière. Il est depuis sorti de l’hôpital et il ne devrait pas souffrir de séquelles graves. Voilà de quoi relancer un débat vieux de plusieurs décennies et qui risque de ne pas trouver de réponse avant longtemps. Même si la gravité des évènements du mois de janvier justifierait une réunion d’urgence des propriétaires, il n’en sera rien, puisque il n’y a pas de rencontre prévue avant le mois de mars. Le commissaire de la ligue, Gary Bettman, a tout de même répondu aux questions des médias et a donné son opinion sur les batailles. D’après lui, elles «font grimper le thermostat d’un match. La plupart des amateurs les apprécient. Ce n’est certainement pas le but du jeu au hockey, mais ç’en est une composante». Pour l’instant, Bettman prône le statu quo dans ce dossier.

Ainsi, M. Bettman défend les bagarres en indiquant qu’elles sont nécessaires, d’une part, pour le hockey et, d’autre part, pour le spectacle et la notoriété du sport, puisque la plupart des amateurs en sont friands. Il a sans doute raison. Premièrement, sans les batailleurs comme Laraque, par exemple, les patinoires se transformeraient sûrement en camps retranchés, où tous les coups seraient permis. Le fait d’avoir un goon prêt à en découdre lorsque l’occasion se présente, permet d’équilibrer les forces entre les deux équipes et de refocaliser les énergies sur la rencontre. C’est un choix stratégique logique. Là où les bagarres deviennent inutiles, c’est justement lorsque l’aspect spectaculaire passe avant l’intérêt même de la partie. J’ai moi-même expérimenté ce côté «bataille pour le fun» dimanche après-midi lors d’une rencontre de la célèbre, et décriée, Ligue nord-américaine de hockey à Pont-Rouge. À la fin de la première période, pas moins de quatre batailles avaient eu lieu, sans raison apparente, et l’entraîneur-chef de Saguenay, adversaire du jour de Pont-Rouge, en redemandait, de même que le public.

Avant la rencontre de dimanche, mon ami et moi faisions le parallèle entre les batailles en hockey et les combats extrêmes. Sans exagération, la comparaison n’est pas dénuée de pertinence, mais la différence de taille est que les combattants extrêmes se battent parce que c’est leur métier et la raison d’être de leur sport. Sans bagarre, pas de combats extrêmes (belle lapalissade…). Mais sans bagarre, pas de hockey? Le sport existerait toujours, tout en étant moins attirant pour une frange de ses amateurs qui n’y voient qu’un étalage de violence. Pourquoi certains partisans sont si accros à ces combats? Peut-être recherchent-ils dans les batailles le besoin humain de violence. Ce besoin que notre société, de plus en plus aseptisée, tente de diaboliser, en l’évacuant totalement de notre quotidien.

Mon raisonnement est un peu radical. Cependant, l’élimination totale de la violence n’est pas non plus une solution en soi. Les échanges bestiaux entre primates que constituent les batailles permettent aux amateurs d’extérioriser, par le biais d’autres, un trop plein de stress et de tension découlant des obligations quotidiennes. Question sociologique, philosophique et sportive complexe. La preuve que le débat sur les batailles ne devrait pas se limiter au monde confiné du hockey, mais bien prendre une dimension sociétale.