Cet été, Impact Campus vous propose de venir découvrir le paysage éditorial québécois dans une série d’entrevues avec des éditeurices engagé.es et soigné.es, au cœur du milieu littéraire de la province. Aujourd’hui, on discute avec Alicia Lemieux des éditions Semer pour lemieux.
Par Léann Laquerre, chef aux Arts
Quelle est l’histoire du premier livre que vous avez publié?
Le premier ouvrage publié, Yeux de biche, était un collectif d’artistes. L’idée de collectivité et de communauté y était déjà centrale et demeure, encore aujourd’hui, au cœur du projet.
Comment définissez-vous le travail d’édition, autant dans le processus de création d’un livre, que dans l’accompagnement des auteurices et dans le milieu littéraire?
Pour moi, le travail d’édition se construit par étapes. Il commence par l’accueil d’une œuvre et l’accompagnement de son développement, puis se poursuit dans un dialogue avec l’auteurice afin de faire émerger le plein potentiel du texte. Il implique également un travail de réflexion sur l’objet-livre, sa diffusion et la manière dont il s’inscrit dans le milieu littéraire et au sein d’une communauté de lecteurices et de créateurices.
Quel serait un aspect insoupçonné de votre profession?
Un aspect souvent insoupçonné du métier d’éditrice est qu’il est avant tout un travail relationnel. On imagine parfois que nous passons nos journées à lire et à corriger des manuscrits, alors qu’une grande partie du travail consiste à accompagner des auteurices, à réfléchir à la cohérence d’un projet éditorial, à créer des liens au sein du milieu littéraire et à faire vivre les œuvres une fois publiées.
Quelle est votre mission d’édition spécifique, ou votre philosophie directrice, dans votre processus de sélection et de publication des textes?
J’ai envie de faire voir de nouveaux visages, de créer un espace où des auteurices peuvent publier leurs premières œuvres et développer leur démarche artistique. L’édition est, pour moi, une façon de participer au renouvellement du milieu littéraire en offrant une place à des perspectives singulières et à des propositions audacieuses. Je crois qu’il est essentiel de prendre des risques, de soutenir la relève et de contribuer à bâtir une communauté où les nouvelles voix peuvent être entendues et célébrées.
Les éditions Semer pour lemieux sont encore relativement jeunes : comment votre pratique éditoriale a-t-elle changé au fil des ans? Y a-t-il eu des ajustements à apporter, des constantes à conserver?
Comme les éditions Semer pour lemieux sont encore jeunes, notre pratique éditoriale est en constante évolution. Nous nous remettons régulièrement en question afin d’améliorer la qualité de nos publications, nos processus de travail et l’accompagnement que nous offrons aux auteurices. Nous sommes toujours à l’écoute de ce qui fonctionne et de ce qui peut être bonifié. Nous souhaitons rester vivantes, curieuses et ouvertes au changement.
Semer pour lemieux semble adopter une approche collaborative, ancrée dans la découvrabilité des artistes et la cohésion entre les artistes et l’équipe éditoriale. Comment l’accent mis sur la publication de collectif contribue-t-il à consolider les valeurs importantes à votre maison d’édition?
La publication de collectifs est au cœur de notre démarche, puisqu’elle permet de créer des rencontres entre des artistes aux pratiques et aux parcours différents. Pour nous, un livre n’est pas seulement un objet littéraire, mais aussi un espace de dialogue et de collaboration. Les collectifs favorisent un sentiment d’appartenance et permettent aux auteurices de faire partie d’une communauté plutôt que d’évoluer de manière isolée.
Cette approche reflète des valeurs qui nous sont chères : la collectivité, le partage et la mise en lumière de voix émergentes. En réunissant plusieurs artistes au sein d’un même projet, nous offrons également une plus grande découvrabilité à chacun·e d’entre eux. Les lecteurices qui découvrent un texte sont souvent amené·es à découvrir l’ensemble des voix qui composent l’ouvrage.
Plus largement, le travail en collectif contribue à abolir certaines hiérarchies traditionnellement associées au milieu littéraire. Nous souhaitons bâtir une maison d’édition où la relation entre l’équipe éditoriale et les artistes repose sur l’échange, l’écoute et la co-construction des projets. Cette dimension collaborative est l’un des fondements de Semer pour le mieux et continue d’orienter notre façon de concevoir l’édition aujourd’hui.


