Après une tournée solo de reprises présentées plus d’une centaine de fois à travers le pays, Cormier revisite enfin sa propre discographie avec de 50 musicien.nes classiques dans un tout nouveau spectacle : Louis-Jean Cormier et l’Orchestre FILMharmonique. La première représentation a eu lieu dans l’après-midi du 20 septembre, dans la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.
Par Kathleen Higgins, journaliste collaboratrice
Avec le Grand Théâtre comme décor, le géant de la scène musicale québécoise offre pour la première fois sa discographie remodelée. Le tout s’opère dans l’humour, alors que Cormier entrecoupe les chansons de dialogues rieurs, tout à son image. Mais derrière cette légèreté se trouve un spectacle profondément porté par l’idée de l’éphémère: celui d’une musique que l’on ne pourra entendre qu’une seule fois de cette manière.
Le spectacle commence avec un air qui rappelle une boîte de musique qui s’affole, avant de laisser place à La Photo, la toute première mélodie de l’après-midi. C’est avec cette chanson comme prémisse que l’orchestre installe une atmosphère nostalgique, comme marcher dans le gazon fraîchement tondu un matin d’été. Le décor est minimal, sans aucune prétention, avec un humble drap noir au-dessus de la scène sur lequel des projections floues viennent ajouter à l’ambiance onirique du concert.
Le musicien rappelle à plusieurs reprises le caractère éphémère du spectacle et « l’impermanence des choses ». On assiste à un concert en sachant que le moment passera, et que même son souvenir finira par se tromper. Alors, pourquoi ne pas le vivre pleinement alors qu’on est encore dedans? Cormier nous encourage à tomber dans la lune et à nous perdre un peu dans la musique, à prendre de grosses décisions tout en l’écoutant. Cette invitation à lâcher prise semble d’ailleurs s’adresser autant au public qu’à lui-même.
L’orchestre joue autour d’un Louis-Jean Cormier fébrile, qui semble donner tout ce qu’il a pour ne pas perdre un semblant de sérieux dans cet environnement habituellement lourd de décorum. Les cinquante musicien.ne.s qui l’entourent lui offrent plutôt un véritable terrain de jeu, et ce, sans aucune prétention. On sent Cormier attendre la permission de lâcher son fou, de se laisser porter par une musique qui n’est plus tout à fait la sienne. C’est justement ce qui permet d’entendre autrement une discographie pourtant familière. Débarrassées de leurs arrangements habituels, les chansons deviennent presque nouvelles. Les paroles demeurent le seul élément auquel on peut se raccrocher, donnant ainsi tout l’espace nécessaire pour réellement entendre et apprécier la plume de Cormier comme jamais auparavant.
Le jour où elle m’a dit je pars s’illustre de projections de neige et amène Cormier aux larmes. Le jeune chef d’orchestre est aérien sous les yeux attentifs des musicien.ne.s qui l’entourent. Leur talent est tel que le chanteur doit, à un moment, s’asseoir à une extrémité de la scène, loin du micro et des lumières, pour apprécier pleinement le travail du premier violon Guillaume Villeneuve. Celui-ci s’empare alors de toute l’attention dans un solo qui conclut la chanson et, par la même occasion, la première partie du spectacle.
Entracte.
Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel redémarre le spectacle, l’orchestre se permettant de dévier du corpus de Cormier le temps d’un morceau. Le retour d’entracte commence sans le chanteur, dans un crescendo laissant apprécier pleinement le talent de l’orchestre. La projection se tourne pour la première fois vers le chef d’orchestre en pleine action, comme un rappel aux spectateurs qui auraient oublié les figures derrière le protagoniste chantant.
Les plus grands succès de l’artiste se déboulent en rafale, tous plus grandioses les uns que les autres. 100 mètres haies se présente sous une toute nouvelle face, encore plus dramatique, qui met de l’avant le ton angoissant des paroles. Pour La seule question, Cormier prend, pour la seule fois du spectacle, sa guitare et se rapproche du son qui a fait sa carrière. Croire en rien est reconstruite de toute pièce, avec les paroles comme seul repère, presque parlées au rythme des cordes qui s’affolent à « même si tu insistes ». De même pour Si tu reviens, qui aborde un tempo plus élevé et hâtif qu’à l’habitude.
C’est toutefois avec Tout le monde en même temps que Louis-Jean Cormier semble enfin se permettre d’utiliser pleinement son coffre, dans une version grandiose de la chanson. Après avoir passé le spectacle à se laisser porter par les musicien.ne.s qui l’entourent, il semble finalement retrouver toute la place qui lui appartient sur scène.
Le spectacle se termine au son des reniflements de la majorité qui s’est laissée pleurer un peu lors du rappel, peut-être pour une énième fois. Et c’est d’ailleurs là toute la réussite du concert : avoir transformé des chansons que l’on connaît en quelque chose qui, malgré leur familiarité, ne pourra jamais être reproduit exactement de la même manière. Les arrangements de l’orchestre nous ramènent à la sensation d’une première écoute, tout en redonnant aux paroles leur force émouvante, comme si l’on redécouvrait pour la première fois le sens derrière des mots que l’on croyait pourtant connaître par cœur.
Pour celleux qui n’auraient pas eu la chance de vivre ce spectacle, des billets sont encore disponibles pour Montréal le 17 octobre sur le site internet de l’Orchestre FILMharmonique.


