Dans le passé d’Impact Campus: Plus gamine que femme

À l’occasion de son 30e anniversaire, Impact Campus vous propose chaque semaine un article paru dans ses pages lors des trois dernières décennies. Ces textes sont l’occasion de revenir sur certains événements ayant marqué l’histoire de l’Université Laval.

Mitsou à la Une d’Impact Campus, un journal étudiant! Que peut-elle bien faire là ? Elle n’est peut-être pas celle qu’on pense! Jugez-en par vous-même. Si vous n’êtes pas convaincu, vous pouvez toujours épingler sa photo au-dessus de votre lit.

Texte de Sylvain Trépanier publié à la page 10 de l’édition du 4 décembre 1990

À 10 :30h, jeudi matin. Le café Au temps perdu a ouvert ses portes plus tôt qu’à l’habitude, pour l’occasion. Il faut dire qu’elle ne se présentera pas souvent, l’occasion. Mitsou est en ville. Sous l’œil un peu incrédule du couple attablé et du vieux bonhomme accoudé au comptoir, la vedette fait son entrée, sans fla-fla, sans rififi, sans tambour, ni trompette; laissant ses décolletés plongeants et ses airs provocateurs à l’hôtel.

En fait, l’air que Mitsou avait ce matin-là ne correspondait en rien à celui véhiculé par les médias « d’information » (Lire : Écho-vedettes). Plutôt timide, mal assurée, un tantinet nerveuse; voilà l’impression qu’elle laissait, Mitsou, ce matin-là. Elle a accordé sa première entrevue de la journée à Impact Campus et était manifestement épuisée par la rude journée qu’elle avait connue la veille, alors qu’elle procédait au lancement de son nouvel album dans la Capitale.

En voyant la vedette s’installer pour la séance de photographies, le couple attablé et le vieux bonhomme n’ont pas jugé à propos de pousser plus loin leur curiosité et ont quitté les lieux aussitôt leurs cafés terminés. Bien fait!!! On peut travailler tranquille.

Collant, col roulé (oui! oui!) et casquette noirs, le « personnage » Mitsou ne s’est pas présenté au Temps perdu. Celle qui répondait aux questions n’avait rien d’une super star, c’était une jeune fille de vingt ans, beaucoup plus gamine que femme.

De passage à Québec pour la promotion de son nouvel album, Mitsou n’a pas semblé surprise outre mesure lorsque celui qui l’interrogeait lui avoua candidement ne pas avoir écouté son nouveau disque, ni avoir vu son dernier clip. Elle savait pertinemment que, pour le journaliste assis devant elle, la jeune fille de vingt ans présentait plus d’intérêt que la vedette.

Pourtant, la différence entre les deux n’est pas aussi grande que l’on croit. C’est du moins ce qu’elle a soutenu pendant toute l’heure qu’a duré l’entretien. « Je fais ce que j’ai envie de faire, personne ne me force à prendre une allure que je ne veux pas, lance-t-elle. J’ai toujours été fofolle et ceux qui me connaissent m’ont toujours m’ont toujours perçue comme telle. Je connais mon gérant depuis que j’ai 13 ans et il ne m’a jamais imposé quoi que ce soit. Toutes les grandes décisions concernant ma carrière ont toujours été prises à deux, ajoute-t-elle, convaincante. Pour mon deuxième album, j’ai sûrement reçu entre 100 et 200 propositions de chansons. Toutes représentaient la onzième d’El Mundo. J’en ai quand même choisi neuf qui tranchent radicalement avec cet album, sauf peut-être Lettre à un cow-boy. » Voilà un premier cliché qui tombe : Mitsou ne semble pas se laisser balloter au gré des humeurs de quelqu’un d’autre. Elle serait même plutôt du genre rebelle, du moins le jure-t-elle.

Invraisemblable, non!!?? Pour le grand public, Mitsou représente pourtant le prototype parfait d’un produit préfabriqué auquel on a ajouté un emballage attrayant pour en mousser la vente. C’est un concept qui marche depuis longtemps. Il y a bien 100 ans que Coca-cola vend le plaisir qui accompagne son produit, sans jamais se préoccuper de liquide lui-même.

Voilà justement le genre de propos qui irritent sincèrement la vedette. Visiblement agacée, Mitsou s’évertue à dire, à clamer à qui veut bien l’entendre (à qui veut bien l’écrire) que ce n’est pas son cas. Mais devant l’insistance de son interlocuteur à tenter de lui faire avouer qu’elle n’était que « le plaisir du coke » ou l’emballage d’un produit, elle se cabre, perd son sourire, puis y va d’un, de deux et de trois coups de poing sur la table.

Malheureusement, le journaliste n’était pas placé de façon à pouvoir jauger la réaction du gérant, les deux personnes étant assises dos-à-dos, à des tables distinctes et à une distance heureusement respectable. À tour de rôle, les coups de poing étaient accompagnés de :  » Je suis tannée, je suis fatiguée, je suis écœurée de me justifier. Ça fait trois ans que je justifie mon image, mon comportement. Pourtant, je n’ai jamais vu quoi que ce soit d’écrit là-dessus. Les journalistes n’écrivent que ce qu’ils veulent bien écrire, s’insurge-t-elle. Je ne me fais pas d’illusion, je sais fort bien que ça m’est arrivé quelques fois d’avoir l’air « folle » à la télévision et à la radio, mais lorsque les questions sont inappropriées, les réponses le sont aussi. » Malgré les apparences, elle n’était pas fâchée. Elle semblait plutôt découragée d’avoir à redire constamment les mêmes choses sans que cela ait des répercussions dans les médias. Le cliché de la petite sotte qui ne dit que des bêtises venait, lui aussi, de tomber.

À l’allure où se déroulait l’entrevue, il ne fallait pas laisser passer l’occasion de jaser un peu de féminisme; encore une justification. « Les féministes me reprochent d’avoir un comportement rétrograde, de cultiver une image humiliante pour les femmes, sourit-elle, sûre de sa réponse. Elles me reprochent aussi de perpétuer l’image de la femme objet. » Puis, repoussant méthodiquement le croque-monsieur qui était devant elle, s’appuyant avec assurance les deux coudes sur la table, elle fixa son interlocuteur de ses yeux perçants et lui jeta en plein visage : « Combien de fois devrai-je répéter que je fais ce qui me plaît, qu’on ne m’impose rien. Si toutes les femmes faisaient comme moi, c’est-à-dire ce qui leur plaît, la question du féminisme ne se poserait même plus. Je rêve du jour où la coquetterie ne sera plus perçue comme de la provocation, où les femmes pourront se faire belles sans se faire harceler ». Cette fois-ci, si le cliché persiste, la justification est cinglante et sans équivoque.

« Fille provocante, facile », voilà une autre image abondamment entretenue concernant la vedette. À ce propos, Mitsou avait aussi des choses à dire; avec le sourire aux lèvres, tout en rapprochant le croque-monsieur qu’elle n’avait pas terminé. « Provocante d’accord. J’aime bien provoquer les choses et les gens, malgré la controverse. Pour ce qui est de la fille facile, vous repasserez. Je ne suis pas ce genre de fille, peu importe ce que les gens en pensent. » Ce cliché-là tombera-t-il aussi ?

Mitsou fera bientôt son apparition au grand écran. Si tout se déroule comme prévu, elle entrera en studio, en février, pour le tournage de son premier long métrage. Elle sera la vedette principale de l’adaptation pour le cinéma du roman Coyotte, l’histoire des premiers amours de deux adolescents. Lorsqu’on lui demande si elle éprouve une certaine appréhension quant à savoir qui interprétera le rôle de son amoureux dans le film, elle pousse avec une naïveté déconcertante : « Ça m’inquiète un peu, surtout que je devrai l’embrasser! ». La voilà qui joue l’ingénue!! C’est à se demander si elle ne tente pas de vous en faire accroire!?!? Elle semble pourtant tout à fait sincère. Oui, le cliché de la fille facile disparaît à son tour.

Non, elle n’est pas sotte la p’tite Gélinas. Peut-être un peu naïve, sûrement même. En fait, à l’issue de l’entretien obtenu avec elle, on en vient plutôt à la conclusion qu’il s’agit d’une jeune fille très timide qui amplifie systématiquement son image publique, y met des flaflas autant qu’elle peut, afin d’exorciser son manque d’assurance. Voilà tout.

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