Yahwatsira’ de Aïcha Bastien-N’Diaye Parc-de-l’Artillerie, Champ de Parade © Stéphane Bourgeois

Avec la clôture, samedi le 13 juin, du Festival Carrefour après deux semaines de représentations uniques, fraîches et diversifiées, Impact Campus vous propose un retour sur ses coups de cœur de la 26e édition de l’événement.

 

Par Emmy Lapointe, rédactrice en cheffe, et Léann Laquerre, chef aux Arts

 

Lettres non-écrites (représentation du 2 juin), Théâtre Périscope – Léann

Les voix de Carolanne Foucher, d’Elios Noël et de David Geselson donnaient vie à une dizaine de lettres sélectionnées pour la soirée, accompagnées des mélodies de Marie-Loup Cottinet au violoncelle. Naviguant à travers les confidences dans une mise en scène sobre -– entre un bureau, un mur de lettres suspendues et bien de l’espace pour animer les bribes de vie et de pensées -– les trois narrateurices se levaient tour à tour, lettre en main,  pour nous conter les heurts et bonheurs d’étranger.ères. D’un loufoque récit de réglage de compte manqué tourné en soirée de taxi pour des bandits sympathiques à l’exigence d’une petite soeur que son aînée lise jusqu’au bout ce que son mari, le beau-frère, lui infligeait comme violence dans l’adolescence, en passant par le deuil de l’espoir d’une presque-mère et les innombrables, mais tous uniques, récits d’amour éphémères, ou révolus, ou incompris, de toutes ces lettres se dégage l’évidence débordante que l’autre est la raison de nos péripéties vivantes pour le meilleur et pour le pire. Amenant une certaine satisfaction à la nature curieuse, presque voyeuriste, des spectateurices, les Lettres non-écrites proposent à son public un habile voyage dans l’humour, dans la banale cruauté, dans le doux quotidien et l’incompréhension terrible de la vie, par bribes.

Un peu comme une conversation que l’on surprend dans un café, mais avec le soulagement d’entendre toute l’histoire. Sans jeu superflu, chaque lettre crée une atmosphère submergeant l’audience avant même parfois qu’on en entende le premier mot grâce aux subtiles interprétations des narrateurices. Bref roulement de yeux, soupirs s’étirant sur trois mots en plus, démarches singulières ou encore mince hésitation à quitter le bureau de rédaction : chaque petit choix semble réfléchi afin d’annoncer le personnage venant à notre rencontre à travers sa lettre.

Pourtant, David Geselson l’avoue dans son préambule en début de spectacle, les répétitions avaient encore lieu quelques minutes avant que les portes ne s’ouvrent au public. D’une candeur assurée, il explique avant le commencement du processus créatif, le projet consumant, du recueil de lettres à travers les pays où les représentations de ce genre ont déjà eu lieu. L’explication ne fait qu’augmenter le sentiment unique, lors du spectacle, de la coïncidence inusité d’entendre anecdotes, secrets et rêves ne nous appartenant pas, croisant tout bonnement notre chemin au hasard de la sélection des lettres pour cette représentation. Avec la promesse de nouvelles vies à découvrir chaque soir, tenue par de brillants interprètes, ce spectacle ne cesse d’appeler tous ceux qui y ont déjà assisté à revenir encore et encore à la rencontre de nombreuses âmes de papier.

 

Où tu vas quand tu dors en marchant, Vieux-Québec – Emmy

Si les deux dernières éditions m’avaient laissée un peu indifférente – il me semble que l’essence d’OTVQTDEM, celle du rêve éveillé s’était un peu perdue -, l’édition de cette année a réactivé ma grande affection pour cet événement qui est devenu au fil des années, il faut le dire, un rendez-vous culturel incontournable.

La thématique implicite (à ma lecture), c’était le « vivre ensemble ». C’est en tout cas ce que la suite des tableaux (sexualités plurielles, itinérance, vélos, etc.) donnait à penser. Si parfois je suis déçue par les propositions artistiques qui semblent négliger la qualité de la forme au profit d’un propos politique, ça n’a pas du tout été le cas.

Ce n’était pas moralisateur, c’était tantôt intime et touchant (les vélos fantômes et le jardin communautaire), tantôt festif et grandiose (le féroce croustillant carnaval et désir = politique). Le tableau du vélo fantôme, essentiellement silencieux, forçait l’introspection et était parfaitement compréhensible : l’écart entre le moyen de transport modeste et la passion, la fatigue des vols, rutilante et l’inéluctable danger que représente enfourcher un vélo dans une culture automobile comme la nôtre.

Gros coup de cœur pour le tableau du désir = politique. Danseur.ses, comédien.nes, boule disco, véhicules renversés, désirs chorégraphiés, personnages fabuleux.

J’étais aussi contente, voire touchée, de voir des gens de tous les horizons déambuler de tableau en tableau.

C’était aussi la première année que des prestations de jour étaient offertes. C’est certain que ça facilite la vie pour plusieurs, pour les familles notamment, mais les vidéos et photos prises de jour ne rendaient en rien l’expérience nocturne (câbles apparents, jeux de lumière quasi inexistants). Autre petit hic, ce n’était pas le lieu le plus top qu’on ait eu en termes d’accessibilité universelle : beaucoup de terrains dénivelés et instables, parfois difficile de savoir par où passer.

La bonne nouvelle, pour celleux qui n’auraient pas eu le temps de tout voir ou d’y aller tout court, l’édition sera de retour l’an prochain.

 

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