La face techno du sport

Visuellement, le sport, dans son ensemble, donne l’impression d’être quelque chose de statique, d’immobile. C’est vrai, le hockey reste le hockey et un vélo sera toujours un vélo, du moins pour les prochaines décennies. A l’œil, rien n’y change. Pourtant, chaque jour, la technologie chambarde le monde du sport et ce, dans toutes les disciplines. Même le plongeon, qui requiert peu d’équipement, n’y échappe pas.

Le sport a intégré le modèle économique capitaliste de façon spectaculaire au cours des deux dernières décennies, prinicpalement, en raison du nombre d’adeptes. Plus il y a de sportifs, plus on doit produire d’équipement et plus on doit innover pour que l’athlète en herbe choisisse tel produit plutôt que celui du concurrent. C’est de l’économie de sixième année. Ce modèle a néanmoins fait passer le sport d’une activité de détente à une redoutable arme économique, technologique et diplomatique. Au Canada, le marché du sport est évalué à 8 G$ par année. À l’échelle mondiale, cette somme grimpe à 46,7 G$.

Les exemples fusent sur l’influence de l’innovation sur les résultats des plus grands rendez-vous sportifs. Quelques-uns demeurent néanmoins plus marquants que d’autres. En 1989, le cycliste américain Greg Lemond remporte le Tour de France à la toute dernière étape, un contre-la-montre, par à peine huit secondes sur le Français Laurent Fignon. Ce dernier possédait pourtant 50 secondes d’avance sur l’Américain avant ce jour. Sa victoire aurait dû être une formalité. Pourquoi a-t-il perdu? Pour cette dernière étape, Lemond innove en utilisant un guidon de triathlon (prolongateur) au lieu d’un guidon standard. Ce gain en aérodynamisme lui permettra de combler un retard qui autrement était insurmontable. Le prolongateur est aujourd’hui une norme dans les compétitions cyclistes. Nombre de cyclistes du dimanche utilisent aujourd’hui cet instrument sur les pistes cyclables, ce qui dans les faits, ne leur apporte rien mis à part la confiance et une allure de faux-coureur.

Rendue possible grâce à l’avancement spectaculaire de la technologie visuelle dans les années 1980-1990, la reprise vidéo a considérablement modifié le déroulement des rencontres sportives et le travail des arbitres. De même, les équipements des sportifs bouleversent la pratique du sport. Prenons les hockeyeurs, par exemple : d’une armure rigide et fragile, les pros de la rondelle bénéficient aujourd’hui d’un équipement de protection sophistiqué. Les bâtons, maintenant en graphite ou autres composantes chimiquement compliquées à expliquer, ont rendu les tirs plus rapides, plus précis donc, plus redoutables. Ce qui, à terme, a passablement changer l’allure que peut prendre une rencontre.

En athlétisme, les multiples instruments qui calculent le temps, le rythme cardiaque et l’endurance des athlètes ont fait en sorte qu’un record, aussitôt battu, se retrouve en danger d’être renversé dans les semaines suivantes. Dans toute cette dynamique, les sportifs professionnels ou amateurs se retrouvent dans une bien triste dynamique. Force est de constater qu’avec l’importance que prend l’industrie du sport dans notre sacro-saint modèle économique, l’athlète est au service de la technologie beaucoup plus que l’inverse. Il se retrouve comme vecteur de la technologie sportive vers l’imposante masse de consommateurs qui malgré son incapacité financière, rêve ne serait-ce que par l’apparence, de lui ressembler.

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