La dernière soirée-conférence de la Chaire de recherche publique AELIÉS / Cogito avait lieu le 11 avril dernier, au Grand Salon du pavillon Alphonse-Desjardins. La protection animale, ses limites et les perspectives d’avenir était le centre des discussions des quatre expertes et experts réuni(e)s. Voici un résumé de ce qu’elles et qu’ils ont dit.

Félix Tremblay, Président du conseil d’administration de la SPA de Québec

Premier des quatre panellistes, Félix Tremblay a soulevé l’enjeu des chiens dangereux ainsi que celui du problème de surpopulation de chats à Québec, des thèmes liés à la réalité du terrain, souligne-t-il.

Le projet de loi 128 sur l’interdiction de certaines races de chien dites dangereuse, la SPA de Québec a, depuis longtemps, dénoncé ce projet. Il n’existe aucune démonstration claire qu’une interdiction de race va porter ses fruits, explique le Président de la SPA de Québec en ajoutant toutefois que cela ne veut pas dire qu’il faut éviter de prendre des précautions.

Il avance que le geste en est un plutôt politique, un geste qui peut être perçu comme populaire, critique Félix Tremblay.

Pour la problématique des chats sauvages à Québec, l’homme de terrain croit qu’il faut repenser la méthode traditionnelle d’exécution. Il relève que des études menées à la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal, située à Saint-Hyacinthe, expliquent que les chats vont toujours remplir l’espace vital qui les entoure. Donc, si un organisme comme la SPA retire 25 chats d’un quartier qui, d’un point de vue d’espace vital, peut en contenir une centaine, les chats restants vont à nouveau se reproduire pour combler ce vide.

La méthode alternative proposée serait plutôt de stériliser les chats et les ramener à la colonie d’origine, explique Félix Tremblay.

Bernard Korai, responsable de la Chaire de leadership en enseignement sur la consommation et le développement durables

Le professeur affilié à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation s’intéresse beaucoup au comportement du consommateur. Il souligne que nous vivons actuellement de profondes mutations en tant que consommateur.

D’abord, il constate l’émergence d’une conscience sociale collective et d’attitudes favorables face au bien-être des animaux. « 96 % des Canadiens trouvent qu’il faut traiter les animaux de façon humaine », souligne le chercheur en ajoutant que la majorité d’entres eux seraient prêts à payer pour cher.

Bernard Korai affirme que la consommation alimentation devient un choix politique pour le consommateur. Il insiste aussi sur une méfiance de plus en plus accrue à l’égard de la qualité des produits consommés qui poussent les grandes entreprises à changer leur mentalité. Ces changements s’expliquent, selon le chercheur, par l’évolution du statut juridique de l’animal qui propose une vision plus humaniste des animaux et d’un lobbying important mené par des groupes de défense des animaux.

Toutefois, il souligne toutefois un déni de responsabilité des consommateurs qui rejette la faute sur l’éleveur plutôt que sur ses choix personnels. « C’est la charge de l’éleveur, pas le consommateur que je suis », conclut-il en soulignant que les choix de consommation ont un impact sur le bien-être des animaux.

Sabine Brels, doctorante à la Faculté de droit de l’Université Laval et co-fondatrice de Global Animal Law

« J’ai un rêve. Je rêve d’un monde où l’harmonie sera étendue à toute la communauté animale », débute Sabine Brels. La militante pour le droit et la protection des animaux propose une vision égalitaire basée sur le caractère sacré de la vie de toutes les espèces.

Elle critique les législations actuelles qui, selon elle, ne vont pas assez loin. La chercheuse propose plutôt une convention internationale sur le bien-être des animaux qui pourrait être intégrée aux droits de l’ONU. Ceci permettrait à la majorité des pays de disposer d’une base et des lois anti-cruauté, explique Sabine Brels. Elle propose aussi la création d’une organisation pour la protection animale, comme celle sur l’environnement à l’ONU.

Caroline Kilsdonk, présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec

La diplômée de l’Université de Montréal en médecine vétérinaire et maintenant présidente de l’Ordre s’intéresse particulièrement au comportement canin.

Elle critique que le bien-être se limite souvent aux mammifères, comme les chiens ou les chats, et qu’on oublie malheureusement plusieurs autres espèces animales. Elle ajoute que le « Cute factor » est très nocif pour le bien-être des animaux domestiques. Ce concept qui confirme que « plus il est mignon, plus on veut s’en occuper », explique-t-elle.

La présidente de l’Ordre des vétérinaires du Québec affirme que les propriétaires d’animaux doivent rester rationnels. « C’est très profond en nous de prendre soin des animaux, mais ça peut nous porter à poser des actions qui ne sont pas rationnelles », mentionne-t-elle. Elle estime que l’humain doit penser de façon utilitariste lorsqu’il est question d’animaux, de façon à guider nos actions selon les conséquences possibles.

Elle conclut en soulignant les importantes avancées médicales réalisées dans les dernières années concernant les animaux de compagnie. Des soins accessibles et bonnes qualités, souligne la vétérinaire.