Il y a six semaines, à la suite de la défaite du Parti conservateur du Canada aux dernières élections, un exécutif du parti, du nom de Bert Chen, a mis en ligne une pétition consistant à mettre fin aux fonctions de Erin O’Toole en tant que chef. Je souhaite expliquer pourquoi les conservateurs ont plus avantage à garder M. O’Toole à la chefferie. 

Par Nicolas Drolet, journaliste collaborateur

Tout d’abord, il est important de préciser certaines choses. Erin O’Toole n’a pas perdu les élections, puisqu’il a été réélu. Le perdant dans cette élection est le Parti conservateur du Canada. Il faut aussi savoir que M. O’Toole n’est pas le seul responsable de la défaite du parti aux élections fédérales. En effet, je crois qu’il a été mal entouré et conseillé. S’il avait été mieux entouré et conseillé, je crois que le Canada aurait eu une meilleure image de M. O’Toole. Il faut aussi prendre en considérant que Erin O’Toole avait très peu de temps pour se faire connaître, contrairement aux autres chefs de partis comme Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet. Cette élection a eu lieu alors que M. O’Toole n’était Chef du parti que depuis un an. En effet, il a été élu en août 2020.

De plus, une course à la chefferie dure entre sept ou huit mois, ce qui est très long. Cette course pourrait être une faiblesse pour le Parti conservateur, car considérant la longueur de cet événement, le Parti libéral pourrait s’en servir afin de mettre hors d’usage le parti représentant actuellement l’opposition officielle au Canada. Mais encore, plus que jamais, le Parti conservateur doit rester uni, car une course à la chefferie montrerait les divisions de toutes les branches du parti, de la modérée à la plus extrême, au sein même de ce parti politique. La division au sein d’un parti montrera sa faiblesse et les autres pourraient s’en servir contre lui.

De plus, la grande partie du caucus se rallie derrière Erin O’Toole. Parmi ceux-ci, Alain Rayes, député de Richmond-Arthabaska au Québec, interrogé lors de l’émission Les coulisses du pouvoir, affirme ce qui suit : « Pour moi, c’est clair. On doit continuer le travail qui a été fait pendant la campagne électorale. Je le dis à qui veut l’entendre. Je crois que ce serait une grave erreur de notre part de recommencer à zéro. »

En ce qui concerne deux experts en politique interrogés, les avis sont partagés. C’est ce que pense M. Marc-André Bodet, professeur au Département de science politique à l’Université Laval qui avance ce qui suit : « C’est difficile à dire. Au minimum, on peut affirmer qu’une autre course à la chefferie au PC comporte des risques importants en termes de cohésion mais aussi mettrait le parti sur la touche parlementaire pour une année. »

De son côté, M. Éric Montigny, aussi professeur au Département de science politique à l’Université Laval, pense, que le parti doit absolument conserver M. O’Toole comme chef. « Pour rejoindre l’électorat médian, ils ont intérêt à poursuivre les efforts de recentrage entrepris sous sa direction. Par ailleurs, un parti ne peut toujours changer de chef. Il a besoin d’une certaine stabilité institutionnelle. »

Certains croient que poignarder un chef dans le dos, seulement parce que son parti n’a pas réussi à prendre le pouvoir, est une bonne chose. Quand un chef a eu si peu de temps pour se préparer à une élection, il faut qu’il apprenne de ses erreurs, afin de pouvoir revenir plus fort.

Un parti qui est divisé ne pourra que permettre aux autres de mieux régner, alors qu’un parti qui est uni malgré les divergences d’opinions peut se relever.

Crédits photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne