Le 16 février 2017, l’Université Laval annonçait son intention de retirer ses investissements associés au secteur des énergies fossiles, répondant ainsi à la campagne lancée par le groupe ULaval sans fossiles qui exigeait un retrait total des placements sur un horizon de cinq ans. Aujourd’hui, cinq ans après cette annonce de l’Université, cette promesse a-t-elle été atteinte ?

La campagne ULaval sans fossiles avait été lancée à l’automne 2016 dans la foulée d’un mouvement international exigeant des investisseurs individuels et institutionnels un retrait de leurs placements dans le secteur des énergies fossiles. Les militant.e.s de la campagne estimaient alors qu’à travers sa fiducie globale qui regroupe les placements de l’Université et de sa fondation ainsi que les quatre régimes de retraites auxquels elle cotise à 50% en tant que partie patronale, l’Université Laval détenait alors plus de 80 M $ de placements financiers dans l’industrie des hydrocarbures. La porte-parole de la campagne, Alice-Anne Simard, expliquait cependant que cette estimation était « conservatrice », et que la somme réelle était probablement plus élevée.

La campagne avait rapidement obtenu l’appui de plusieurs associations étudiantes du campus, dont celui de la CADEUL et de l’AELIÉS, ce qui avait poussé l’administration universitaire à annoncer, le 16 février 2017, par la voix de son vice-recteur exécutif et au développement, Éric Bauce, qu’elle retirerait à terme ses investissements du secteur fossile, devenant ainsi la première université québécoise et la deuxième université canadienne à prendre un engagement de cette nature. Il avait également été promis que des membres du groupe ULaval sans fossiles siégeraient au sein d’un groupe de travail mixte qui aurait pour tâche de mener à terme ce désinvestissement.

Le sujet était revenu sur la table lors de la course au rectorat tenue à l’hiver 2017. Les candidat.e.s à la succession du recteur sortant, soit Sophie D’Amours, Éric Bauce et Michel Gendron, s’étaient tous les trois engagé.e.s à mettre en place le désinvestissement demandé par ULaval sans fossiles, sans détailler explicitement comment iels y parviendraient.

Un retrait encore incomplet

L’engagement pris par l’Université Laval a tardé à être mis en place. En effet, le journaliste Jean-Michel Genois-Gagnon du quotidien Le Soleil révélait le 31 octobre 2018 que l’Université n’avait toujours pas modifié son portefeuille d’actions, soit près d’un an et demi après avoir contracté son engagement. Cette dernière se justifiait en affirmant ne pas vouloir « compromettre la relation risque-rendement » de ses placements financiers, une position qui lui avait valu les critiques de plusieurs organisations environnementales.

L’Université a finalement réalisé, à la fin 2018, une quantification de l’empreinte carbone de ses placements financiers, qui « se définit comme étant la quantité de gaz à effet de serre attribuable à un investisseur en proportion de la valeur des investissements effectués. » (Rapport du Comité de placement de la Fiducie globale de l’Université Laval, p. 27). En se basant sur cette méthodologie, l’Université a ainsi adopté pour objectif officiel de réduire de 30% l’empreinte carbone de son portefeuille d’actions d’ici 2025, et de 50% d’ici 2030 par rapport à son empreinte carbone du 31 décembre 2018.

Le 28 octobre 2021, l’Université Laval a annoncé avoir réduit de 42% cette empreinte carbone, la faisant passer de 146 à 85 tonnes de CO2 équivalentes par million de dollars d’investissement. Elle a également affirmé avoir « cessé complètement tout investissement dans des entreprises figurant sur le Carbon Underground 200 (CU200) », soit les 200 entreprises détenant les plus grandes réserves de charbon, de pétrole et de gaz naturel.

Anthony Cadoret, militant du collectif La planète s’invite à l’Université Laval, se fait toutefois critique de cette affirmation. Il soutient qu’il existe des milliers, voire des millions d’entreprises à l’échelle mondiale qui détiennent des réserves d’hydrocarbures, au-delà des entreprises listées par le CU200 et qu’on n’a aucune idée combien d’investissements l’Université détient au sein de ces plus petites entreprises. Dans une demande d’accès à l’information qu’il a faite à ce sujet auprès de l’Université au printemps 2021, cette dernière n’a quantifié que les investissements qu’elle détenait dans les entreprises du CU200. Anthony considère donc que l’Université n’a pas cherché à connaître la portée véritable de ses investissements dans le secteur fossile.

La question du désinvestissement du secteur des énergies fossiles est revenue sur la table cet hiver alors que des occupations étudiantes ont eu lieu à cet effet dans plusieurs universités montréalaises. Alors que trois de ses étudiant.e.s avaient entamé une grève de la faim, l’Université de Montréal a annoncé le 2 avril dernier qu’elle présenterait d’ici juin un plan de retrait total du secteur des énergies fossiles d’ici 2025, faisant suite à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’Université Concordia qui ont déjà annoncé des plans similaires. De son côté, l’organisation Divest McGill exige également un retrait similaire depuis 2012 sans avoir obtenu encore satisfaction de cette revendication.