L’association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) est maintenant à la croisée des chemins. Fondé en 2001 en marge du Sommet des Amériques, le regroupement militant discutera d’une motion de dissolution lors de son congrès des 24 et 25 février prochains.

La motion de dissolution a été déposée par l’association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS) au mois d’octobre dernier. Des sources au sein d’associations membres déplorent notamment la dynamique à l’intérieur des instances, où une escalade dans la « radicalité » des actions à entreprendre venait souvent ternir les débats.

Sur le campus, 8 associations étudiantes sont toujours membres de l’ASSÉ actuellement. À l’échelle de la province, ce sont 70 000 étudiant(e) universitaires et collégiaux qui y sont affilié(e)s. L’ABEILL (études internationales et langues modernes), l’ACEP (cycles supérieurs en philosophie), l’ADÉPUL (physique), l’AÉÉA (anthropologie), l’AÉÉH (histoire), l’AGEEPP (premier cycle en philosophie), l’AGÉÉTUL (théâtre) et le RÉSUL (sociologie) devront se positionner dans les prochains jours en vue de leur participation au congrès.

Du côté de l’exécutif national de l’ASSÉ, composé actuellement d’une seule personne, on rappelle que la dissolution n’est pas à l’ordre du jour, bien qu’une motion de dissolution sera discutée au courant de la fin de semaine.

Une mobilisation contre le G7 ?

Coup de théâtre : des documents circulent actuellement dans les associations locales à propos d’une coalition autour de l’ASSÉ afin de faire converger les différentes mobilisations contre le rassemblement des sept puissances économiques mondiales, qui se tiendra dans la région de Charlevoix en juin.

La publication Organisons-nous contre le G7 est l’initiative de l’association générale étudiante du Collège de Valleyfield (AGÉCoV) et propose « un plan ambitieux aux associations étudiantes et groupes sociaux du Québec et d’ailleurs, […] d’unir l’ensemble des forces progressistes dans une coalition, sur la base de quatre principes : le bien commun avant leurs profits, le féminisme, l’antiracisme et l’environnement », peut-on lire dans le document.

L’AGÉCoV proposera ainsi de donner un droit de vote aux associations non membres et un droit de parole à tous les groupes militants et autres associations étudiantes nationales, dans un congrès d’orientation de la nouvelle coalition qui aurait lieu cet hiver. Les seuls critères pour joindre la Coalition G7 seront d’avoir une assemblée générale comme instance décisionnelle et d’y adopter les principes de base de la coalition.

« L’ASSÉ est le meilleur véhicule pour coaliser tous ces groupes, peut-on lire dans la publication de l’AGÉCoV. Elle a des moyens pour organiser l’évènement, elle est connue de la population et a une renommée et une crédibilité internationale en raison de la grève de 2012. Pourquoi repartir à zéro ? »

Climat houleux depuis longtemps

Lors de son dernier congrès à l’automne, les représentant(e)s discutaient de la possibilité d’exclure des associations en raison de leur taux d’absentéisme. Il faut dire que depuis 2015, les différentes instances nationales de l’ASSÉ peinent à obtenir quorum, et à le maintenir. C’est notamment le cas pour les associations à l’extérieur de Montréal, pour qui les couts de déplacement et d’hébergement représentent un risque hors d’une période de mobilisation intense.

En 2016, le Syndicat étudiant du Cégep Marie-Victorin (SECMV) et l’association étudiante du Cégep de Saint-Laurent (AÉCSL), deux membres imposants au sein du regroupement, avaient quitté la navire, le premier en raison du manque de transparence dans la gestion financière et le second, en raison d’une dissonance entre les positions féministes de l’ASSÉ et ses pratiques. À l’époque, les associations membres ont dû « prouver » leur engagement féministe pour maintenir leur droit de vote à l’ASSÉ, dans un contexte s’apparentant à celui d’une chasse aux sorcières.

L’année précédente, c’est l’exécutif en entier qui était destitué après avoir proposé de suspendre la grève contre l’austérité – le printemps 2015 – pour recommencer la mobilisation à l’automne. Cette décision devait se discuter dans les instances, et non sous la recommandation du conseil exécutif.

17 ans de radicalité

En pleine période de questionnements internes, l’ASSÉ tentera de reproduire son cri primal en recentrant ses actions autour du G7. Le regroupement qui s’est surtout fait connaitre en 2005 et 2012 s’était créé à quelques mois du Sommet des Amériques en février 2001, en opposition à la création de la zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). L’association fait ainsi « de la lutte contre la mondialisation néolibérale » l’un de ses principaux « chevaux de bataille » depuis sa fondation.

La réforme de l’aide financière aux études en 2005 mène à l’une des plus grandes grèves de l’histoire du Québec. À l’époque, l’ASSÉ fonde sa première coalition, la CASSÉE, revendiquant l’abolition de la réforme et le maintien du réseau collégial dans une perspective de gratuité scolaire.

Le 13 février 2012, les premières associations tombent en grève contre l’augmentation de 75% des droits de scolarité. La coalition large de l’ASSÉ (CLASSE) est alors créée dans le but d’organiser le mouvement. La grève durera finalement de février à septembre, forçant le gouvernement nouvellement élu du Parti québécois à annuler la décision de son prédécesseur. L’indexation proposée sera vue comme une victoire par certains, mais comme un dure défaite par d’autres.

L’ASSÉ tente d’engendrer un autre mouvement populaire en 2015 contre l’austérité et les hydro-carbures. La grève n’aura finalement jamais la portée sociale espérée et se terminera en queue de poisson dans beaucoup d’institutions, laissant une impression d’échec et d’épuisement.