De 6 400 en 2006 à 12 000 cette année, c’est le nombre de Français expatriés au Québec pour y faire leurs études. En moins de 6 ans, ce chiffre a quasiment doublé. Philippe Couillard, élu premier ministre du Québec à la suite des élections du 7 avril 2014, va-t-il changer la donne ?

Depuis 1978, la France et le Québec sont liés par un accord qui stipule que les Français venant faire leurs études au Québec bénéficient du même régime général de droits de scolarité que les élèves et étudiants québécois. De même, les étudiants québécois désirant aller étudier en France bénéficient de la « gratuité » scolaire.

Le chef du Parti libéral avait annoncé durant sa campagne qu’il souhaitait mettre fin à cet accord, afin d’harmoniser le coût des études des étudiants francophones étrangers avec ceux des Canadiens originaires de l’extérieur du Québec. En effet, aujourd’hui, les Québécois et les Français payent environ  3 000 $ pour deux sessions d’étude, tandis que les Canadiens hors Québec payent en moyenne 6 300 $ pour les deux mêmes sessions. Pour un étudiant venant de tout autre pays, cela coûte entre 12 000 $ et 15 000 $ d’après le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Mais, en 2006, seulement 1 043 Québécois étudiaient en France, et 1 093 en 2010. L’échange est donc inégal. Cette différence vient d’abord du fait que le Québec compte 8 millions d’habitants, tandis que la France en compte 66 millions. Mais aussi les universités québécoises ont une meilleure image que celle des universités en France. Impact Campus est allé rencontrer des étudiants français :

Camille, étudiante française à l’Institut des Hautes Études internationales s’est livrée sur le sujet. L’année dernière, elle était venue en échange et avait fini son bac. Cette année, c’est en tant qu’étudiante régulière à la maîtrise que Camille a décidé de revenir à l’Université Laval. « Je ne sais pas exactement ce qui m’attire. Le prestige des universités nord-américaines, la proximité avec le monde anglophone, mais en même temps les avantages de la francophonie. »

Lorsqu’on évoque avec elle les propos de Philippe Couillard, Camille ne semble pas contre : « Si ces propos sont un jour appliqués, je ne serai sûrement plus aux études. Mais en réfléchissant, par rapport à ce qui est offert, 6 300 $, ça ne me semble pas si incroyable. La qualité des locaux, des enseignants, les différents services qui nous sont offerts, comme ceux du PEPS… C’est sûr que je ne payerais jamais une telle somme pour une université en France. D’un côté, en France, des frais de scolarité si élevés existent aussi, mais on parle alors des grandes écoles privées », explique-t-elle.

Camille doute que les propos de M. Couillard soient appliqués sous peu. Rompre cet accord historique entre la France et le Québec irait contre la volonté des universités de favoriser les échanges. D’après elle, les Français s’adaptent facilement et beaucoup veulent rester après leurs études. L’argument économique n’est pas valable, puisque même si l’accueil et la formation des étudiants étrangers augmentent les dépenses des universités, il génère aussi des recettes importantes. Les étudiants français représentent également un potentiel touristique énorme.

« Et puis pour être honnête, j’avais envie de quitter la France. Ici à l’université, les gens sont fiers de faire partie de tel ou tel campus. On sent qu’on est dans une communauté universitaire liée ici. Découvrir la culture à travers l’université, c’est comprendre qu’on est bien en Amérique du Nord, avec cette culture du « Self made Man ». Ce n’est pas du tout une critique, je veux juste dire que les étudiants sont là pour étudier et pour réussir. Mais je ne pense pas que ce soit les frais de scolarité élevés qui créent ceci, bien qu’ils influencent clairement le sérieux des étudiants comparé à la France. Je crois que c’est avant tout culturel d’être fier de son université et de vouloir porter haut ses couleurs, et donc les étudiants donnent le meilleur. »

Sébastien est un étudiant français à la maîtrise en sociologie. Pour lui, la situation est différente. Arrivé au mois de septembre pour une durée initiale d’un an dans le cadre de l’échange CREPUQ, il avait le Québec en tête depuis un bout de temps. Pour lui, cette année était un test. «Je me suis dit en arrivant : si ça me plait, je reste. »

Et c’est précisément ce qui se passe. Le Québec lui offre des perspectives plus larges dans le domaine de la sociologie, plus progressistes que ce qu’il peut trouver en France. En plus de cela, l’INRS est intéressé par son travail sur les jeux vidéo. « Mais pas seulement par rapport à mes études! J’aime vraiment beaucoup le Québec, je m’y sens bien, j’y ai fait de très belles rencontres. »

Mais si les frais de scolarité passent à 6 300 $, c’est certain qu’il ne pourra pas rester. Ayant pour objectif de faire un doctorat, il ne pourrait pas assumer de tels frais, et faire un prêt étudiant alors qu’il n’a pas de source de revenus est trop risqué. « En socio, sans vouloir être pessimiste, on ne sait pas trop où on atterrit ! »

Sa situation personnelle ne l’aveugle cependant pas sur les « conséquences positives » des frais de scolarité. Loin de croire que les élèves sont des clients de l’université, il constate tout de même, comme Camille, que la qualité incomparable des locaux avec les universités françaises. « Le prestige des universités nord-américaines, c’est pas pour rien. ».

Les propos du nouveau premier ministre ont également surpris en France, mais ce projet est encore au niveau de projet. Beaucoup de médias réagissent, mais attendent surtout, tout comme les 12 000 étudiants visés, plus de détails sur cette proposition qui pourraient remettre en question le choix de beaucoup de Français.