Le taux de participation global enregistré à Québec aux récentes élections municipales 2017 est de 50, 7 %. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2013, année à laquelle près de 55 % des citoyens s’étaient prononcés. Malgré des fluctuations relativement stables, une interrogation demeure chez les experts : comment peut-on aller chercher cette autre moitié d’électeurs qui semble tant inatteignable ?

Pour tenter de répondre à cette grande et énigmatique question, Impact Campus s’est entretenu avec le doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval et expert en sciences politiques, François Gélineau.

« J’ai l’impression qu’à Québec et à Montréal, malgré beaucoup de médiatisation, les enjeux importants n’ont pas suscité autant d’intérêt qu’on aurait pu le croire, explique-t-il en début d’entretien. L’intérêt est l’un des déterminants importants de cette participation justement, l’information qu’on a sur le contexte, donc ça ne me surprend pas vraiment. »

Quand on compare les taux de participation politique entre les paliers municipaux, provinciaux et fédéraux, on constate assez rapidement que les gens votent moins dans leurs arrondissements, d’un point de vue local. Un phénomène relativement paradoxal, selon l’expert, qui souligne que des gouvernements de proximité devraient, en principe, créer de l’engouement.

« Je pense que plusieurs personnes n’ont pas une idée très claire de l’impact que peut avoir le conseil municipal sur leurs vies. Pour certains probablement, la gestion d’une ville se résume au déneigement, à la collecte des ordures et à l’infrastructure qui les entoure. On prend peut être un peu tout ça pour acquis, pendant que les paliers supérieurs, eux, nous parlent de réinvestissements massifs et ont discours laissant présager une influence beaucoup plus grande. » -François Gélineau

Le but n’est pas pour autant de changer  la distribution des responsabilités ou de donner plus de compétences aux municipalités, dit celui qui est également professeur titulaire. Il faudrait plutôt, selon lui, travailler en éducation et en information concrète sur l’influence que peut avoir l’hôtel de ville sur les citoyens.

Les jeunes d’abord

Au fil du temps, le déclin constant qu’on observe au Québec en démocratie municipale est principalement associé au fait que les plus jeunes électeurs votent moins que les jeunes électeurs des générations précédentes. Ainsi, à 18 ans, une personne née dans les années 90 a tendance à accorder beaucoup moins d’importance à la politique qu’un jeune du même âge, mais plutôt né dans les années 50.

« Ce qui est inquiétant, c’est qu’on voit que le cycle de vie de l’électeur, qui en moyenne va voter plus souvent en vieillissant, ne rattrape pas le retard des générations, exprime M. Gélineau. C’est pourquoi je pense qu’en fait, on est voués à voir des taux de participation de plus en plus faibles dans les prochaines années. »

L’un des plus grands défis de notre époque, politiquement du moins, est donc de mobiliser ces jeunes et de les intéresser réellement. C’est ce qu’ont tenté de faire des comités comme Rajeunis ta vieille capitale ou le Forum Jeunesse de la Capitale-Nationale pendant la campagne municipale, sur le campus.

« C’est essentiel, ce sont les décideurs de demain, mais il n’y a pas, pour le moment, de recette magique ou de concept unique, croit l’expert. Il faut qu’on continue d’en parler, qu’on écoute nos jeunes et, surtout, qu’on leur démontre une volonté de les inclure. »

Autre constat important : les 18-25 ans demeurent clairement sous-représentés dans les instances politiques elles-mêmes. « Ce n’est pas un univers qui est très jeune en soi, un peu comme la politique provinciale d’ailleurs, ajoute François Gélineau. La proposition ici, je l’appliquerais à tous les niveaux : il faut impliquer les jeunes dans les décisions et surtout dans les processus publics pour les intéresser. Autrement, rien ne changera vraiment. »

Possible, le cynisme pro-Labeaume ?

Au pouvoir depuis 2007, le maire de Québec, Régis Labeaume, entame cette année son quatrième mandat à la tête de l’hôtel de ville. Selon l’enseignant, la présence, quoique salutaire, peut générer des formes de désintérêt chez certains électeurs, qui se disent qu’au fond, leur vote ne changera rien à la victoire assurée du coloré personnage.

« Mis à part peut-être la distribution du vote à l’opposition cette fois-ci, il n’y a pas eu de grandes surprises depuis un bon moment à Québec, et comme de fait, la campagne n’a pas créé d’engouement particulier, dit M. Gélineau. Ça peut contribuer à maintenir le taux de participation assez faible. Les gens se disent : pourquoi j’irais voter si les résultats seront toujours les mêmes de toute manière. »

Le doyen de la Faculté des sciences sociales de l’UL affirme qu’il n’irait peut-être pas jusqu’à qualifier ce phénomène « d’effet de cynisme », mais que le manque de rotation à la direction suscite nécessairement moins d’intérêt et de remises en questions, sur le long terme du moins.

« Quand on regarde autrement l’élection de Valérie Plante, je pense que ça aurait pu mobiliser tout un segment de l’électorat qui voulait du changement, comme quoi un vote peut faire la différence, conclut-il en dressant un parallèle avec la métropole québécoise. C’est une question de perceptions, mais on ne l’a pas non plus constaté. Même là-bas, le taux de participation est relativement stable par rapport à 2013. »