Ce sont les professionnels de la communication qui cette fois nous ont ouvert leur porte. En effet, nous avons eu droit aux conseils avisés de M. Pierre-Paul Noreau, rédacteur en chef du Soleil, et de Mme Geneviève Brault, conseillère en ressources humaines chez Cossette, la plus importante firme de communication au Canada. Toujours aussi intéressants et généreux, voyons ce qu’ils avaient à nous dire…

Ce Web qui nuit

« Nous regardons de façon automatique le profil Linkedin. À l’occasion, nous regardons le profil Facebook », affirme Mme Geneviève Brault.

Jusqu’à maintenant, pour la majorité d’entre eux (pas tous), les recruteurs rencontrés ont admis vérifier les antécédents numériques des candidats. Un vent de panique souffle à l’horizon? Prenez une bonne inspiration et commencez, par exemple, par aller modifier les paramètres de confidentialité de votre profil Facebook. Si dégâts il y a, vous pouvez encore les limiter. Prenez pour acquis que les entreprises qui vous intéressent iront vérifier quel genre d’internaute vous êtes et tentez de faire en sorte qu’elles ne soient pas désagréablement surprises au moment où elles vous « googleront ». À ce sujet, M. Noreau reconnaît que la présence sur la Toile peut avoir une influence à l’embauche. « Je ne peux pas avoir un journaliste de combat dans la salle. Quelqu’un qui est impliqué, qui se bat, qui se défend, qui a des idées, je ne suis pas contre, mais il faut à un certain moment que ça ne vienne pas teinter son travail. À savoir si j’aurais embauché Léo Bureau-Blouin, M. Nadeau-Dubois, je ne suis pas convaincu… »

Les compétences incontournables

Bilinguisme, polyvalence, curiosité et expérience résumeraient bien les essentiels du journaliste d’aujourd’hui. « C’est certain qu’aujourd’hui, je n’embaucherais pas quelqu’un qui n’est pas bilingue. Avant d’inviter un candidat à venir nous rencontrer, c’est très rare que j’ai un CV d’une personne qui n’a jamais voyagé, qui n’a jamais fait autre chose qu’étudier. Si vous n’avez pas de hobby, si vous n’avez pas voyagé, que vous ne parlez pas anglais, c’est un peu limité. Ce que nous recherchons prioritairement chez nos nouveaux candidats, c’est de la polyvalence. Il faut être débrouillard, ouvert sur le monde, il faut être intéressé », indique M. Noreau.

Il insiste également sur l’importance, pour le candidat, de démontrer qu’il n’est pas qu’un étudiant. « Je n’embaucherais jamais un journaliste qui n’a jamais écrit nulle part, parce que c’est une vision théorique. Alors écrivez pour votre journal étudiant, journal de quartier, vendez des textes à une revue, impliquez-vous dans le journal La Quête. Démontrez que vous aimiez suffisamment cela pour en faire, parce que nous ne sommes pas une école de journalisme, nous sommes une entreprise privée avec une obligation de rentabilité. Donc, nous avons besoin de performance, de productivité, etc. »

Le CV

Selon le rédacteur en chef, il est essentiel de joindre un portfolio et nécessaire d’inclure les hobbys et les voyages dans la liste d’éléments qui y apparaîtront. « Quand je vois un CV, s’il n’y a aucun texte, il est mis de côté, c’est automatique. Quand on sort de l’université en journalisme, on a une idée du journalisme, mais chaque média travaille d’une façon différente, alors il y a une mise à jour selon nos pratiques, selon nos approches. Pas de texte, pas d’entrevue, ça c’est fondamental. »

Les qualités requises

« Leadership, qualités d’entrepreneur, créativité, professionnalisme, esprit d’équipe », telles seraient les qualités fondamentales pour travailler chez Cossette. En journalisme, M. Noreau a insisté sur une qualité singulière : « Je dirais que la première qualité, c’est d’avoir du jugement et c’est quelque chose qui ne s’apprend pas à l’université. C’est certain qu’il faut avoir un très bon français, avoir une culture générale assez large, il faut aussi être débrouillard, je dirais presque un peu frondeur, mais on ne fera jamais un bon journaliste avec quelqu’un qui n’a pas de jugement. Il faut être capable de discriminer ce qui est important de ce qui ne l’est pas, être capable de discriminer entre le mensonge et le réel. »

À quel processus d’embauche peut-on s’attendre chez Cossette?

Mme Brault nous explique que le processus se divise en trois étapes : « Il y a premièrement un entretien téléphonique où nous voulons en savoir plus sur pourquoi le candidat nous a envoyé sa candidature. Quelles sont ses motivations, que recherche-t-il comme emploi, etc. Nous confirmons l’expérience professionnelle, certaines exigences techniques (notamment l’anglais), ses aspirations de carrière et la personnalité du candidat. Suite à l’entretien téléphonique, le recruteur et le gestionnaire regardent les différentes candidatures et prennent une décision sur les candidats qui passeront à l’entrevue en personne. Lors de l’entretien en personne, nous laissons le candidat présenter son parcours professionnel. Nous lui demandons aussi de nous parler davantage de ce qu’il veut faire dans sa carrière, ses aspirations, ses objectifs, ses attentes face au poste que nous avons à combler. C’est aussi lors de l’entretien en personne que nous confirmons les compétences/connaissances techniques requises pour le poste. »

La tenue vestimentaire

Le look soigné et naturel, une formule gagnante. Pour la conseillère en recrutement de chez Cossette : « Il est important que le candidat ou la candidate aie une apparence soignée. Par contre, l’habit ou le tailleur n’est pas essentiel. »

Selon M. Noreau: « Dans le monde du journalisme, si vous veniez dans la salle au moment où tout le monde est là, vous verriez toutes sortes de tenues vestimentaires. C’est certain qu’en entrevue, je pense qu’on se donne une chance en ayant un look « classique », c’est-à-dire que si vous arrivez en short et en sandales, je ne suis pas certain que vous vous donnez une chance. N’essayez pas d’avoir l’air de ce que vous n’êtes pas, mais en même temps comprenez qu’une organisation comme Le Soleil aime avoir des émissaires qui se promènent un peu partout et qui ont une tenue adéquate. Je ne dis pas de porter un veston cravate, si vous n’en portez jamais, ça ne sert à rien, vous allez avoir l’air mal à l’aise et en entrevue je ne pense pas que c’est ce qu’il faut. »

Attitude 101 : ce qu’ils veulent voir de vous

Passion et ambition doivent transparaître dans votre comportement pour rejoindre l’esprit de la firme de communication fondée en 1972. Il s’agit de ce qu’ils voudront percevoir de vous, lorsque vous siégerez devant eux.

Au journal Le Soleil, l’ouverture et l’écoute doivent faire partie de vos traits de personnalité : « Je pense qu’il faut avoir une attitude ouverte. Vous savez, un journaliste c’est quelqu’un qui pose des questions, vous devez être à l’écoute. Si tout ce que vous faites c’est de préparer des questions, sans jamais écouter ce que l’autre vous dit, vous ne serez jamais capable de déceler dans la réponse qui vous est donnée s’il y a une ouverture. »

M. Noreau insiste par la même occasion sur l’importance d’avoir une pensée organisée : « Il faut aussi être capable d’étayer son argumentaire, de déployer ses réponses de telle sorte qu’on est convaincant. »

Il met enfin en garde contre la tendance à essayer de prédire la réponse attendue. « Je pense que les meilleures entrevues qui soient possibles ce sont celles qui sont données en toute franchise. On essaie de répondre du mieux que l’on peut aux questions, sans essayer de deviner ce que l’on attend de vous, sinon cela nous donne l’impression que la personne cherche seulement à répondre ce que l’on voulait entendre. Si j’ai l’impression que l’attitude est fabriquée, qu’elle est construite pour me plaire, ça ne marchera pas. »

Comment se distinguer?

« Quand je vais rencontrer les étudiants à l’université ou au cégep, je leur dis que s’ils veulent se distinguer, ils ne devraient pas devenir rédacteur en chef de leur petite publication, parce que des rédacteurs en chef, il y en a. Un jeune journaliste qui fait des entrevues, qui fait des nouvelles, c’est mieux qu’un journaliste qui fait des critiques, des éditoriaux. C’est bien plus tentant comme journaliste d’être critique de cinéma! Tu as des billets de cinéma gratuits, tu es dans le glamour des arts, c’est charmant, mais moi ce n’est pas de ça dont j’ai besoin. Ceux qui vont entrer ici vont faire de la nouvelle, alors je leur dis si vous aimez vraiment le journalisme, cassez-vous les dents à faire de la nouvelle. Allez vous confronter à des conférences de presse, allez voir le maire, allez au palais de justice, allez voir la vraie vie, faites des entrevues, montez des dossiers. Ça c’est ce qui va être votre meilleure carte de visite. Faites du journalisme comme ce que l’on va vous offrir rendu ici », tels sont les conseils que M. Noreau peut vous transmettre si vous souhaitez vous démarquer. Il insiste également sur l’avantage d’avoir un parcours varié. Ce qui est le cas de Camille Bélanger Vincent et de Marie-Pier Cayer qui apparaissent sur la photo ci-dessus. Elles sont toutes deux diplômées du certificat en journalisme à l’Université Laval, mais elles sont aussi respectivement bachelières en microbiologie et en économique. Mme Brault, pour sa part, soutient que c’est par l’implication sociale, l’implication au sein d’organisations étudiantes, le réseautage avec des experts du milieu, par la participation à des conférences, à des formations ou des congrès qu’un candidat se distinguera d’un autre.

S’ils avaient enfin un dernier conseil à vous donner pour performer en entrevue, le rédacteur en chef du Soleil vous dirait : « Fais-en (du journalisme). Si tu ne pratiques pas, ça ne fonctionnera pas ici, ça ne fonctionnera pas à Radio-Canada. La Quête c’est la porte d’entrée de trois ou quatre journalistes ici. Alors, ça ne paie pas, mais ce sont des vrais dossiers, de vraies entrevues et quand c’est bien écrit et bien fait, ça fait un petit papier pas mal « punché ». » Mme Brault, elle, vous dirait : « Arrivez confiant et informé concernant les opérations/clients/réalisations de l’entreprise. »

La semaine prochaine, place au monde de la finance et de la gestion!