Depuis quelques mois déjà, la Corée du Nord semble plus ouverte à négocier avec son voisin du Sud. Récemment, les deux pays ont annoncé la tenue d’un sommet intercoréen à Panmunjom, vers la fin d’avril et Kim Jong-un a même mentionné une possible dénucléarisation du pays si certaine condition étaient remplies.

Nous avons questionné Benoit Hardy-Chartrand, chercheur au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale et expert politique de l’Asie du Nord-Est, pour tenter de comprendre ce à quoi nous pouvons nous attendre de cette rencontre, à l’égard des objectifs pour les Nord-Coréens.

Le vrai ennemi, les États-Unis

« La Corée du Sud n’a pas grand-chose que la Corée du Nord veut, donc la question de la dénucléarisation ne va pas se jouer lors du sommet d’avril, ça ne change absolument rien ça. » Selon le chercheur, même si les deux Corées ont beaucoup de choses à régler, les principaux enjeux devraient se négocier avec les États-Unis. Les ennemis des Nord-Coréens, ce sont les États-Unis, explique Benoit Hardy-Chartrand, et c’est avec eux qu’ils devront s’entendre pour la suite des négociations.

Le principal objectif poursuivi par le régime, c’est l’arrêt des « politiques hostiles des Américains à leurs égards. » Dans ce sens, deux exigences probables du régime seraient le retrait des troupes américaines de la péninsule et l’arrêt des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, qui ont lieu deux fois par année.

L’autre objectif serait de diviser le plus possible les alliés, souligne le chercheur. Plus les Sud-Coréens et les Américains sont divisés, plus il est facile d’éviter les sanctions et de faire diminuer la pression sur le régime. Pour l’instant, « la Corée du Sud, malgré son président qui a toujours prôné un rapprochement avec le Nord, a tout de même refusé jusqu’à maintenant de lever les sanctions qui sont déjà en place contre la Corée du Nord et a continué d’imposer cette pression-là. »

Un changement qui n’en est pas un

Bien que ces rapprochements annoncent une période plus calme où les chances de conflits sont moins élevées, autant pour la Chine, que pour les deux Corées, les États-Unis, la Russie et le Japon, ce changement de stratégie n’est pas un bouleversement dans la région, croit le chercheur basé au Japon. Ce n’est pas la première fois que l’on tente ce genre de rapprochement et où l’on discute du nucléaire. Pourtant les choses sont toujours au même endroit aujourd’hui. De plus, l’arsenal nucléaire est aujourd’hui maintenant plus performant que lors des dernières négociations et celui-ci a engendré un fort coût, tant économique que politique.

Les chances de voir une dénucléarisation du pays sont probablement nulles et on l’a mentionné seulement pour se faire voir comme étant de bonne foi, croit M. Hardy-Chartrand.

De plus, le chercheur affirme que le régime nord-coréen n’atteindra probablement pas ses objectifs. Il serait extrêmement difficile de convaincre les États-Unis de retirer ses troupes et les Coréens ne perçoivent pas Trump comme étant un interlocuteur fiable, ce qui peut nuire aux négociations.

Les menaces de Trump font avancer les choses

Donald Trump a menacé la Corée du Nord plus d’une fois et semble plus enclin à intervenir que son prédécesseur, ce qui pousse le gouvernement chinois à mettre des pressions sur la Corée du Nord pour éviter ces frappes.

De plus, les bombardements en Syrie du 13 avril dernier confirment que Trump semble prêt à utiliser toutes ses ressources pour atteindre ses objectifs, ce qui peut entrainer les Nord-Coréens à plus de prudence.

Même si les négociations sont fructueuses, probablement que celles-ci s’étendront sur plusieurs années. « Donc voilà pourquoi on est très loin d’être sorti du bois et qu’il faut éviter d’être emballé par l’optimisme », conclut Benoit Hardy-Chartrand.