Alors que plusieurs se questionnent quant à la pertinence du prochain sommet du G7 qui se tiendra dans Charlevoix les 8 et 9 juin prochain, les sommes qui représentent quelques centaines de millions de dollars en font également sourciller plus d’un.

Lors de son passage à l’Université Laval en novembre dernier, Peter M. Boehm, sous-ministre pour le sommet du G7 et représentant personnel du premier ministre du Canada a défendu l’intérêt de la tenue d’un tel événement, lequel favoriserait le dialogue entre les grandes puissances afin de faire le point sur les enjeux mondiaux.

Pierre Guimond, diplomate en résidence à l’Université Laval, voit ces dépenses comme étant des investissements de la part du Canada. D’ailleurs, il estime que l’argent déboursé en vue du sommet en vaut le coup, si l’on se fie aux bénéfices qui en découleront.

« Je vois deux bénéfices à un sommet d’un groupe international, dans un univers qui est très peu monnayable. D’abord, une confirmation d’un certain leadership international de la part du Canada, puis le branding touristique et commercial. »

Le Canada comme leader

Le Canada a le devoir de recevoir l’ensemble des dirigeants mondiaux du groupe des sept, étant à la présidence pour l’année 2018. Le sommet, cet événement d’envergure, permettra alors au gouvernement fédéral en place d’affirmer son leadership sur la scène internationale.

« Être président du G7, ça veut dire non seulement qu’on a une obligation de dépenser beaucoup d’argent pour faire un sommet, mais ça veut aussi dire qu’on est le leader du groupe pour l’année, a ajouté M. Guimond. La présidence canadienne décide donc des thèmes desquels les dirigeants vont discuter. »

C’est d’ailleurs en décembre qu’ont été annoncé par le premier ministre Trudeau, les thèmes de la présidence canadienne du G7 à Charlevoix. Selon le site web du gouvernement fédéral, les cinq dossiers dont il sera question sont : « investir dans la croissance économique qui profite à tout le monde, se préparer aux emplois de l’avenir, promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, travailler ensemble à l’égard des changements climatiques, des océans et de l’énergie propre, construire un monde plus pacifique et plus sûr ».

Rayonner grâce au G7

Le sommet du G7 offre également l’opportunité au pays hôte de jouir d’une certaine visibilité internationale. Ainsi, depuis plusieurs mois, des images de la région de Charlevoix et du Manoir Richelieu, hôtel où l’on se réunira, circulent à travers le monde. C’est l’aspect touristique enchanteur de la place que l’on met en valeur, pour bien sûr profiter de retombées commerciales et d’une reconnaissance généralisée.

« C’est en effet pour montrer que c’est plus beau là qu’ailleurs, mais c’est aussi un branding du Canada comme étant un pays qui fait partie de ce groupe exclusif, alors quand on fait des affaires à l’international, les gens savent qu’on fait partie du G7 et le considèrent comme un pays important », explique celui qui a travaillé au gouvernement fédéral pendant une trentaine d’années.

Dépenses inconnues

L’organisation du sommet implique, pour le gouvernement fédéral, l’établissement d’un budget considérable, dont l’ampleur demeure indéterminée. Selon le diplomate en résidence de l’Université Laval, l’annonce, parue dans les médias à la suite d’une déclaration devant la commission parlementaire du président du Conseil du trésor à Ottawa, qui prévoit que le sommet coûtera 225 M$ serait en fait plus complexe. Ce montant constituerait plutôt la somme des crédits supplémentaires pouvant être dépensés d’ici à la fin de l’année budgétaire, en avril prochain. Autrement dit, il s’agit de l’argent alloué par le Parlement au gouvernement fédéral jusqu’en avril 2018. Si M. Guimond avance que les réelles sommes dépensées ne seront connues que plusieurs mois après l’opération, il dissuade aussi au passage ceux qui s’adonnent à un jeu dangereux de prédiction des frais encourus. C’est seulement au cours du mois de mars que le budget fédéral annoncera une prévision budgétaire.